Pour une fois, nous allons jouer sur ce blog.
Qui a dit et dans quel ouvrage ?
Relisant des passages des différents débats sur la dette publique, ses causes et ses conséquences, et en particulier celui que j’ai organisé à Pontault-Combault le 17 avril 2007,
j’ai relu dans un ouvrage les passages suivants. Je demande à chaque lecteur de me dire qui est l’auteur des extraits proposé ci-dessous. Attention les titres avant chaque paragraphe
relèvent de mon propre choix.
La lecture de ces quelques lignes suscite la réflexion surtout quand on en réflexion l’auteur.
Croissance molle et dette publique
« Les États qui se préoccupent, dans les années soixante, de conjurer la hausse des dépenses de l'État providence, d'endiguer les déficits publics,
s'inquiètent en réalité de leurs effets sur l'inflation, ou sur la balance des paiements, mais rarement du risque que la hausse de la dette publique fait peser sur leur
propre solvabilité. La croissance économique semblait en effet garantir que jamais le problème de l'insolvabilité de l'État ne se poserait. A titre d'exemple, la dette publique anglaise
représentait, en 1960, plus de 100 % du P.I.B. En 1980, elle était descendue à 40 %, sans que l'État n'ait jamais dégagé d'excédents, mais simplement en vertu du fait que le dénominateur a
toujours crû plus vite que le numérateur. C'est bien sûr cette aisance budgétaire due à une croissance rapide et à des taux d'intérêts bas qui explique que l'État ait eu tant de mal à contenir la
hausse des dépenses. Les années de croissance ralentie, qui sont le lot des pays industriels depuis 1975, ont annulé cette logique (la hausse des taux d'intérêts
qui résulte tout à la fois de ce ralentissement de la croissance et d'une nouvelle politique monétaire sera examinée au chapitre 4). Les pays dont la dette publique excède aujourd'hui 100
% du P.I.B. s'inquiètent de ne pouvoir la contenir. » (…)
Croissance économique et Etat-providence
« On mesure tout à coup que c'est la croissance économique qui a permis l'État providence, et non pas l'État providence qui a permis la
croissance. En période de forte croissance, les actions de l'État sont gagées par la (forte) richesse à venir et le libèrent ainsi du risque de voir une génération
répudier les créances accumulées par celles qui la précèdent. En période de faible croissance, en revanche, les actions de l'État retrouvent un poids dont le keynésianisme croyait l'avoir
affranchi : la hausse de la dette de l'État (relativement au P.I.B.) fait obstacle à la poursuite ininterrompue des déficits publics. » (…)
De la soutenabilité de la dette publique
Et
du poids de prélèvements obligatoires
« Ce poids nouveau de la contrainte budgétaire publique est la grande rupture des années quatre-vingt et quatre-vingt-dix.
L'État providence ne peut plus résoudre aujourd'hui ses difficultés par une fuite en avant comparable à celle qu'il a connue dans les années soixante. Le niveau atteint par les
prélèvements obligatoires l'interdit tout autant que le ralentissement de la croissance et la concurrence (nouvelle) des marchés i financiers. Le déficit public, arme
suprême de la politique keynésienne pour combattre la récession, se retourne contre ses inspirateurs : en période de croissance ralentie, il est difficile d'échapper au
poids de la dette publique. Privé d'une croissance forte, l'État peut certainement stimuler l'activité en prolongeant les déficits. La politique économique de Reagan montre qu'il est en
effet possible de stimuler de cette façon l'activité économique. Mais les années Reagan ont ruiné les marges d'action de ses successeurs. Désormais, et pendant au moins une décennie (qui sera
l'envers de la décennie flamboyante de Reagan), les Américains devront rembourser leurs dettes. Déjà, la charge des intérêts est devenue le poste le plus élevé de la dépense
publique. En période de croissance ralentie, les déficits publics n'ont plus qu'un rôle transitoire à jouer. Ce qui ne veut pas dire que ce soit négligeable. Mais ils ont cessé d'être le recours
contre le ralentissement durable de la croissance. »
«Crise du keynésianisme»
« C'est ce nouveau champ de contrainte, la redécouverte des contraintes budgétaires publiques qui pèsent sur les gouvernements, que
j'appellerai la «crise du keynésianisme».
Pour la première fois depuis l'avènement de l'idée keynésienne, malgré la montée en puissance d'une fiscalité qui s'est émancipée des tranches
étroites où elle était encore contenue au XIXe siècle, les gouvernements ont subi la contrainte de limiter leurs dépenses au rythme « lent » de la croissance économique. Ils
doivent aujourd'hui arbitrer entre divers postes (santé ou éducation, armée ou retraites...), ou, à défaut, à l'image des États-Unis, ils peuvent arbitrer dans le temps en dépensant au cours
d'une décennie et en remboursant au cours de la suivante. Ils sont en tout état de cause privés de cette fuite en avant qui leur permettrait de compter que la croissance
ultérieure sera suffisamment forte pour rembourser leurs dettes.
La première question qui se pose à présent consiste donc à apprécier dans quelle mesure la croissance économique s'est durablement
ralentie, ou si nous prenons pour durable une contrainte qui est prête à s'évanouir. Et quand bien même la croissance devrait être durablement ralentie, il faut aussi comprendre
pourquoi une croissance plus lente crée un sentiment d'appauvrissement, et semble être la cause du chômage, en dépit du fait qu'elle enrichit chaque année, fût-ce de 1 ou 2 %
seulement, nos économies.
La seconde question est d'ordre politique. Même si l'on admet que la croissance restera trop lente pour permettre à l'État de se dégager durablement de
la contrainte budgétaire qui pèse aujourd'hui sur ses dépenses, est-ce à dire nécessairement que la perte de légitimité des actions publiques qui en est résultée dans les années quatre-vingt est,
elle aussi, appelée à être durable ? La crise de la volonté politique est-elle inéluctablement prise dans les filets de la croissance ralentie, ou peut-on compter qu'un nouveau
Keynes saura montrer la voie d'une nouvelle politique économique? »
A voir :



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