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David MOUREY
Pontault-Combault (77340)
  Professeur de Sciences Economiques et Sociales

 
La démocratie exige le débat
 
L’objectif de ce blog est de tenter de valoriser le débat et la démocratie. Certes, l’objectif est ambitieux mais l’ampleur de l’enjeu ne doit pas nous conduire à la résignation. Nous devons nous en donner les moyens.
   
Voir l'article :   "De l’importance du débat dans une démocratie moderne"
   
« J’apprends beaucoup des gens avec qui je suis en désaccord,
j’apprends très peu des gens avec qui je suis d’emblée en accord.
C’est normal car être en désaccord implique de comprendre
la nature, la valeur, la profondeur de l’argument
qui est utilisé dans le débat. »
.
   CONFERENCE DE JEAN-PAUL FITOUSSI, Mercredi 20 avril 2005
.
Lundi 31 décembre 2007
par David MOUREY publié dans : Croissance économique

Les effets des politiques économiques : du court terme au long terme

Dans une note Flash récente, du 20 décembre 2007, Patrick ARTUS tiens à rappeler le lien étroit qui existe entre les effets à court terme des politiques économiques conjoncturelles et leurs impacts sur l’économie à long terme. Avant de revenir sur les propos de Patrick ARTUS, faisons un petit détour en revenant sur certaines définitions fondamentales.
 
La controverse  sur les effets des politiques économiques dans le temps est récurrente. Pour autant, un consensus semble émerger depuis quelques années autour de l’argument selon lequel les politiques économiques qui ont d’abord des objectifs à court terme, ont également des effets à moyen et long terme. Réciproquement, les politiques économiques censées produire leurs pleins effets à long terme, peuvent aussi avoir des conséquences à court terme.
 
De l’impératif de nuancer les typologies des politiques économiques
 
Différencier les effets intertemporels des politiques économiques est un exercice délicat, la distinction doit donc être manipulée avec précaution. Il est tout aussi difficile - voire trompeur lorsque cela devient exclusif - de distinguer les politiques de la demande des politiques de l’offre, les politiques conjoncturelles des politiques structurelles, les politiques visant à accroître la croissance effective des politiques visant à augmenter la croissance potentielle. Ces distinctions indispensables à l’analyse révèlent, in fine,  davantage la complémentarité que la substituabilité de celles-ci.
 
Politiques d’offre et politiques de demande
 
« La distinction entre les politiques d’offre et politiques de demande renvoie à une séparation traditionnelle en théorie économique, entre, d’une part, la croissance tendancielle et d’autre part, les fluctuations autour de la tendance. », Politique économique, Agnès BENASSY-QUERE, Jean PISANI-FERRY …
 
Cette distinction permet de spécifier les politiques d’allocation des ressources productives qui visent à modifier le taux de croissance à long terme, le potentiel de croissance,des politiques de stabilisation qui cherchent à atténuer, à lisser, les fluctuations de la demande à court terme autour du trend, la tendance.
 
Grosso modo, les politiques d’offre cherchent à faire progresser la production potentielle (et la croissance potentielle) pour rejoindre la frontière des possibilité de production, alors que les politiques de demande ont pour objectif d’accroître la production (et la croissance) effective pour rejoindre le niveau potentiel. Autrement dit, il s’agit de réduire l’écart de production, output-gap, entre production effective et potentielle. La production potentielle, comme la production effective, évolue dans le temps au rythme du taux de croissance potentiel.
 
Les politiques d’offre et de demande sont complémentaires comme le sont les politiques de court terme et de long terme les politiques conjoncturelles et structurelles.
 
Politiques conjoncturelles et politiques macroéconomiques
 
Lato sensu, la politique économique désigne l’ensemble des décisions prises et des mesures appliquées par les pouvoirs publics afin d'atteindre certains objectifs économiques fondamentaux. Stricto sensu, la politique économique conjoncturelle désigne l’ensemble des décisions prises et des mesures appliquées par les pouvoirs publics qui visent à un réguler  les variations de l’activité économique à court terme.
 
« La politique macroéconomique est l'ensemble des interventions des pouvoirs visant à réguler la marche globale de l'économie. (…) Cette notion englobe la politique conjoncturelle axée sur des objectifs à court terme, mais son champ est plus large car il inclut des politiques dépassant le court terme, comme par exemple la stratégie financière à moyen terme ou la politique de désinflation compétitive. Cette notion exclut les politiques structurelles qui agissent sur l'organisation et les proportions de l'économie (comme les politiques sectorielles, les privatisations ou la déréglementation). » Michel CABANNE, La politique macroéconomique »
 
Les objectifs de la politique économique conjoncturelle et de la politique macroéconomique sont ceux du carré magique proposé par Nicholas KALDOR en 1971 : la croissance, le plein emploi, la stabilité des prix et l'équilibre extérieur. A ces objectifs, on ajoute désormais la recherche de la réduction des déficits budgétaires et de la dette des Administrations publiques.
 
«Il existe des convergences entre ces finalités : La croissance favorise l'emploi, la stabilité des prix contribue à l'équilibre extérieur. Mais les divergences sont souvent importantes : une croissance économique forte et un haut niveau d'emploi sont des facteurs de tensions inflationnistes et de dégradation de la situation extérieure. Ces divergences, d’autant plus vives que l'horizon retenu est court, font la difficulté de la politique macroéconomique. » « La politique macroéconomique », Michel CABANNE, La politique macroéconomique »
 
Les instruments des politiques macroéconomiques
 
On considère traditionnellement qu’il y a trois outils fondamentaux de politique macroéconomique: la politique budgétaire, la politique monétaire et la politique de change.
 
 « Les instruments utilisés sont surtout d'ordre financier. La politique budgétaire relevant directement du pouvoir politique, agit par le solde, le montant et la structure des dépenses et des recettes de l'État. La politique monétaire, par la Banque centrale, affecte le contexte monétaire et financier influençant l'évolution économique. La politique du change module les conditions de la contrainte extérieure. Des contrôles directs sur les prix, les revenus et les flux avec l'extérieur, peuvent compléter la panoplie des outils de la régulation macroéconomique.»       Michel CABANNE, La politique macroéconomique
 
Des instruments aux objectifs : conditions d’efficacité
 
Les rapports entre instruments et objectifs des politiques macroéconomiques devraient, dans une perspective d’efficacité, respecter deux principes : le principe de cohérence de TINBERGEN et le principe d'efficience de MUNDELL. Selon le principe d'efficience, la politique économique doit utiliser chaque instrument en fonction de l'objectif pour lequel il possède un avantage relatif. En vertu du principe de cohérence, la politique économique doit avoir au moins autant d'instruments que d'objectifs.
 
Policy mix ou la combinaison des politiques macroéconomiques
 
On appelle policy mix, au sens étroit, la combinaison des politiques macroéconomiques. Au cours des années 90, les Etats-Unis ont combiné une politique monétaire expansionniste (taux d'intérêt réels nuls) et une politique budgétaire restrictive à travers la réduction progressive des déficits publics fondée sur la baisse des dépenses militaires et le surcroît de recettes lié à la croissance économique. Cela s’est traduit, par le jeu des stabilisateurs automatiques, par un excédent budgétaire à la fin du siècle.
Dans la zone euro le policy mix fut globalement restrictif toute la décennie 90. Alternance de politiques monétaires restrictives  (forte montée des taux d'intérêt réels au début des années quatre-vingt-dix)  et de politiques budgétaire restrictives, avec la contrainte de réduction des déficits publics à partir de 1994 afin de satisfaire les critères de convergence fixés par le Traité de Maastricht.
 
A partir de 1999, dans le cadre de l’union économique et monétaire (UEM) avec l’entrée en vigueur de l’euro, le policy mix implique de combiner une politique monétaire unique avec des politiques budgétaires nationales sous contrainte du Pacte de stabilité de croissance. Ce nouveau contexte n’est visiblement pas facile à gérer. J’y reviendrai prochainement.
 
Risque d’équilibre non coopératif
 
Mettre en œuvre une combinaison d’instruments n’est pas sans risque. Le risque principal en la matière est l’équilibre non coopératif. En effet, la BCE, banque centrale européenne, n’a pas les mêmes objectifs, ni les mêmes contraintes que les Etats membres de l’UEM. La première doit lutter contre l’inflation au risque de compromettre les perspectives de croissance, quand les seconds doivent privilégier la croissance avec les risques inflationnistes qu’elle porte. Par exemple, lorsque la BCE augmente les taux d'intérêt pour répondre à un déficit public jugé excessif, les gouvernements sont tentés d’augmenter les déficits pour maintenir l'activité, malgré la hausse des taux. Mais cela gonfle d'autant plus la charge de la dette et la dette publique elle-même. Le policy mix est alors « non optimal » dans la mesure ou il se traduit par un cercle vicieux de hausse des taux et de hausse des déficits et la croissance molle, la hausse du chômage...
 
Une coordination intelligente et équilibrée des politiques macroéconomiques est donc une condition de leur efficacité. Il convient de combiner, avec harmonie, spécialisation des instruments (politique monétaire/politique budgétaire) et spécialisation des objectifs (faible inflation/politique de relance de la croissance). C’est d’une part la seule manière de répondre aux chocs symétriques et aux chocs asymétriques et d’autre part de renforcer les chances d’atteindre « simultanément » les différents objectifs à court terme et à long terme.
 
Chocs symétriques et aux chocs asymétriques
 
Un choc symétrique est choc un économique qui concerne tous les pays de la zone euro, comme une hausse du prix du pétrole, une chute de la demande mondiale, une appréciation de l’euro ... La réponse à ce type de choc peut donc être commune, en utilisant l'instrument monétaire ou budgétaire. La politique monétaire unique apparaît, a priori, plus adaptée à cet exercice, même si les situations économiques des pays membres sont très hétérogènes. Un choc asymétrique ne concerne en revanche qu'un seul pays et l'instrument budgétaire national peut être utilisé de manière plus appropriée.
 
La distinction choc symétrique/choc asymétrique n'est cependant pas toujours évidente. Un choc initialement asymétrique peut dans un second temps devenir symétriques en raison des interdépendances économiques, monétaires et financières, et réciproquement. Il en est ainsi de l’exemple de l'unification allemande de 1989-1990. A l’origine, il s’agissait d’un choc spécifique à un pays, donc asymétrique, mais du fait de l'importance de l'Allemagne en Europe et des mécanismes de transmission des effets par les institutions monétaires existantes, il est rapidement devenue un choc symétrique.
 
Coordination et convergence
 
La conjugaison des phénomènes de mondialisation et de construction européenne, en rendant les économies nationales de plus en plus interdépendantes, rend nécessaire la convergence mais surtout la coordination des pratiques de politiques économiques. La mondialisation a réduit comme une peau de chagrin les marges de manœuvre des politiques économiques, mais elle ne les a pas annulés et des marges de manoeuvre demeurent. Il en est de même au niveau européen. Par exemple, l’économie de la zone euro - et celle de l’Union européenne - étant une économie plus fermée que les économies constituantes, elle renforce les effets internes des politiques européennes sur les pays européens concernés et réduit les effets sur les partenaires extra européens.
 
Dans le cadre européen, en particulier celui de la zone euro, la coordination est nécessaire à deux niveaux. D'une part entre politique monétaire et politique budgétaire, pour favoriser la croissance et l'emploi et d’autre part entre les politiques budgétaires nationales des différents pays encadrée par le pacte de stabilité et de croissance qui en limite l'autonomie en fixant un seuil maximum de déficit. Dans le cadre de la mondialisation, les choses sont encore plus compliquées. La coordination internationale doit permettre de surmonter la réduction des marges de manœuvre des politiques économiques nationales du fait de la contrainte extérieure. Cela est d’autant plus vrai que l’économie est de petite taille et donc plus ouverte.
 
La convergence doit intervenir en cas de chocs symétriques et de situations économiques initiales proches, analogues. Les politiques doivent être, dans de telles conditions, contracycliques ou procycliques, en même temps.
 
 
Les politiques structurelles, les politiques de l’offre et le long terme
 
Les politiques structurelles ou politiques de réformes structurelles ne peuvent assimilées aux politiques d’offre, même si depuis le début des années 80 ce fut souvent le cas. Comme le rappellent Agnès BENASSY-QUERE, Jean PISANI-FERRY … dans « Politique économique », la modification des statuts de la banque centrale avec le passage à l’euro et le changement de cadre institutionnel pour les politiques budgétaires nationales sont des politiques structurelles au niveau de la gestion de la demande globale de l’économie dans la mesure ou les arbitrages instruments-objectifs sont profondément modifiés. De même, toute réduction d’impôt n’a pas un caractère structurel s’il n’y a pas changements au niveau institutionnel.
 
Plus précisément, les politiques structurelles consistent à modifier les institutions économiques publiques et privées (organisations des marchés – du travail, des biens et services vers plus ou moins de concurrence – processus de décision budgétaire, de décision monétaire, régime de change, relations entre syndicats et patronat …) en vue de rendre plus efficace l’arbitrage entre instruments pour atteindre les objectifs assignés aux politiques conjoncturelles-macroéconomiques. En effet, un changement au niveau des institutionsvaconditionner la relation de causalité entre instruments et objectifs.
 
Les politiques structurelles correspondent donc à un ensemble d’interventions publiques destinées à agir sur les structures de l’économie et de la société, sur leur évolution et visent à améliorer à long terme les performances économiques. Il s’agit désormais d’agir sur la croissance potentielle de l’économie. On rejoint clairement ici les objectifs assignés le plus souvent aux politiques de l’offre. Depuis le début des années 80 les politiques structurelles cherchent à restaurer les conditions de concurrence sur les marchés, et à limiter l'intervention de l'Etat par la déréglementation, la désétatisation, le désengagement de l'Etat; les privatisations... Les interventions de l'Etat concernant plusieurs domaines d'activité tels que la politique de l'emploi, la politique industrielle, la politique de la concurrence, la politique sociale, la politique de l'environnement, la politique stratégique, les politiques de RD, d’innovation, ...
 
Dans ces conditions, ce sont des politiques structurelles qui devraient permettre de réduire l’écart de croissance entre les Etats-Unis et l’Union européenne depuis le milieu des années 90 notamment. Les principales raisons permettant d’expliquer le ralentissement de la croissance potentielle sont les trop grandes rigidités sur les  marchés des biens et du travail, l'insuffisance de l'accumulation du capital, de la R&D et de l’innovation,  et l'impact du ralentissement durable de la croissance effective sur la croissance potentielle.       
 
Production et Croissance potentielles
 
« On peut définir la production potentielle comme le niveau maximal de production durablement soutenable sans tensions excessives dans l'économie, et plus précisément sans accélération de l'inflation. Déterminée par la quantité et l'efficience des facteurs de production disponibles, c'est un indicateur d'offre. L'écart de production (output gap) est la différence entre la production effective et le niveau estimé de la production potentielle c'est donc un indicateur du déséquilibre entre l'offre et la demande. Toutefois, le taux de croissance effectif peut être supérieur au taux de croissance potentiel sans créer de tensions s'il existe un déficit initial de production (c'est-à-dire si la production effective était inférieure à la production potentielle). (…) L'évaluation de la production et de la croissance potentielles constitue un enjeu d'importance. En phase de ralentissement de la croissance, des politiques économiques expansionnistes sont opportunes si le ralentissement provient d'une faiblesse de la demande relativement à la capacité de production ; néfastes, s'il correspond à un ralentissement de la croissance potentielle elle même. En dépit du consensus apparent sur la définition et l'utilisation de la production potentielle, cette notion reste problématique. La production potentielle n'est pas une grandeur observable : son évaluation repose sur diverses hypothèses statistiques et théoriques. Ce concept est une construction subjective et discutable de l’analyste : une croissance maximale, sans tensions excessives, dictée par les seules contraintes d'offre que l'on oppose à la croissance réalisée, dictée par la demande. » Olivier Pose Christine Rifflart, Henri Sterdyniak, « Ralentissement de la croissance potentielle et hausse du chômage, Revue de I'OFCE n'60, janvier 1997. 
 
Ces diverses distinctions entre types de politiques économiques sont nécessaires d’un point de vue analytique et opérationnel, mais l’analyse de la nature intertemporelle de leurs incidences doit nous conduire à nuancer les frontières habituelles. En outre, à l’instar des politiques d’offre et de demande, les politiques structurelles sont le plus souvent complémentaires des politiques conjoncturelles. Il y action et rétroaction de l’une sur l’autre.
 
Effets intertemporels des politiques économiques
 
Dans le cadre d’une logique analogue, on constate que les effets de court terme et de long terme des politiques économiques, relèvent davantage de l’interdépendance que de l’indépendance. L’attribution du Prix Nobel d’économie 2006 n’a fait que le confirmer.
 
En octobre 2006, L'Académie Nobel à attribué le Prix Nobel d’économie à  l’économiste américain Edmund PHELPS pour ses nombreux travaux qui « ont permis d'approfondir notre compréhension des relations des effets à court et long terme d'une politique économique (et qu'ils ont) eu un impact aussi bien sur la recherche en économique que sur la politique »
. 
« M. PHELPS est à l'origine de la refondation moderne de la macroéconomie - et selon Samuelson de la microéconomie aussi.Son programme de recherche a consisté à introduire l'imperfection de l'information et celle de la connaissance dans la théorie économique. Il l'a conduit à reformuler la théorie économique enprenant sérieusement en compte les anticipations des agents. (…) C'est à lui que l'on doit la théorie du taux naturel de chômage - pierre angulaire de la théorie moderne de la macroéconomie et de la politique économique -, théorie que Milton Friedman allait redécouvrir un an plus tard, mais de façon heuristique. C'est à lui aussi que l'on doit la parabole des îles, qui permet de comprendre pourquoi la politique monétaire peut avoir des effets réels transitoires en raison de l'imperfection de l'information. » Jean-Paul FITOUSSI, Le Monde du 11/10/06
 
« Pour l'essentiel, il ne se reconnaît pas keynésien et se déclare volontiers « structuraliste ». Ce structuralisme économique est le fruit d'une vision tout à fait novatrice de l'économie moderne, qui met l'accent sur sa dimension temporelle et, comme Keynes, mais d'une manière radicalement différente, sur l'incertitude qu'engendrent la temporalité de la production et de l'échange marchand dans les économies capitalistes décentralisées contemporaines, et les problèmes d'information liés à la complexité qui caractérise l'éparpillement des décisions individuelles dont elles sont constituées. Sur ces prémisses, il construit une théorie patrimoniale de l'économie dans laquelle les arbitrages intertemporels sont les moteurs de toutes les stratégies individuelles, celles des entreprises notamment. » « Nobel d'économie : néokeynésien Edmund PHELPS Pas si sûr... » par Jacques LE CACHEUX, Les Echos, 23 octobre 2006
 
 
Les effets immédiats et différés des politiques contracycliques
 
Comme indiqué au début de ce billet, dans une note Flash récente, Patrick ARTUS insiste sur l’interdépendance entre les effets à court terme et à long terme des politiques économiques conjoncturelles.
 
« On sait que les Etats-Unis mènent des politiques économiques (monétaire et budgétaire) plus fortement contracycliques que la zone euro. C’est à leurs effets sur la croissance de long terme qu’il faut juger l’apport des politiques contracycliques : elles évitent en principe, dans les récessions, la disparition d’entreprises efficaces, dans une perspective de moyen terme, et les pertes de richesse dues aux défauts des emprunteurs ; elles réduisent la variabilité de l’économie, ce qui est favorable à l’investissement.» Patrick ARTUS, RECHERCHE ECONOMIQUE NATIXIS, FLASH Economie du 20 décembre 2007, N° 492
 
 
Face à des retournements à la baisse de l’activité économique, les politiques monétaire et budgétaire ont un caractère contracycliques bien plus fort aux Etats-Unis que dans la zone euro. Il en fut ainsi, au début des années 2000, avec une baisse des taux directeurs synonyme de politiques monétaire expansionniste et une hausse du déficit public illustrant une politique budgétaire de relance nettement. Quand la machine économique ralenti, les autorités monétaires et budgétaires n’hésitent pas à appuyer sur l’accélérateur.
 
« Cette réaction fortement contracyclique des politiques économiques aux Etats-Unis y a permis, en particulier, que le crédit aux ménages redémarre rapidement, ainsi que l’activité de construction résidentielle, après la crise de 20012002 (graphique 2a), alors que ce redémarrage était beaucoup plus lent dans la zone euro. Le crédit aux ménages américains accélère dès 2001 ; celui aux ménages de la zone euro seulement en 2004. » Patrick ARTUS, RECHERCHE ECONOMIQUE NATIXIS, FLASH Economie du 20 décembre 2007, N° 492
 
Quels sont les effets à long terme de ces politiques de stabilisation ?
 
Autrement dit, quels sont les effets à long terme des politiques contracycliques ?
 
Les politiques contracycliques devraient permettre de limiter les pertes en capital en réduisant le nombre de défaut (la disparition) d’entreprises efficaces dans une perspectives de moyen terme, mais sévèrement affectées par le retournement cyclique, en particulier le nombre des défauts inefficaces. Mais les données statistiques montrent que « les taux de défaut sont en moyenne plus élevés aux Etats-Unis, ce qui va dans le mauvais sens. Mais (…) que dans les crises le taux de défaut des entreprises monte davantage en Europe qu’aux Etats-Unis. » Patrick ARTUS, RECHERCHE ECONOMIQUE NATIXIS, FLASH Economie du 20 décembre 2007, N° 492
 
Les politiques contracycliques devraient limiter les pertes de richesse (chute de la valeur des maisons) et les coûts associés aux défauts des ménages.
Statistiquement, on peut observer que « les taux de défauts des ménages réagissent davantage dans les crises aux Etats-Unis qu’en Europe, ce qui ne va pas dans le sens attendu ; les prix des maisons souffre aussi plus dans les crises aux Etats-Unis), mais il faut tenir compte de ce que le taux d’endettement des ménages est plus élevé aux Etats-Unis. Patrick ARTUS, RECHERCHE ECONOMIQUE NATIXIS, FLASH Economie du 20 décembre 2007, N° 492
.
Dans la zone euro, ces effets sont beaucoup plus faibles.
 
Les politiques contracycliques devraient également permettre d’éviter la hausse des taux de défaut des ménages et des entreprises en raison de la contraction excessive du crédit bancaire, Crédit crunch. Le « cycle du crédit » implique lors des périodes de Crédit crunch, un renforcement des récessions. « Le rationnement du crédit à court terme accroît les défauts des emprunteurs et, (...), ceci a des effets à long terme au travers de la destruction de capital. »
Aux Etats-Unis et dans la zone euro lors de la récession de 2001-2003,  « le crédit bancaire aux ménages n’a pas freiné aux Etats-Unis, à la différence de la zone euro ; mais le crédit bancaire aux entreprises a freiné beaucoup plus violemment aux Etats-Unis). » Patrick ARTUS, RECHERCHE ECONOMIQUE NATIXIS, FLASH Economie du 20 décembre 2007, N° 492
 
Les politiques contracycliques devraient enfin réduire la variabilité excessive de l’économie qui décourage les investissements. En effet, en réduisant les incertitudes sur l’avenir de l’économie, on redonne confiance aux investisseurs.
En revanche, « une variabilité élevée, en moyenne, de l’économie, décourage l’investissement productif donc réduit la croissance de long terme. »
 
Le caractère plus incisif des politiques contracycliques aux Etats-Unis, que dans la zone euro, semble avoir des effets plus forts sur les entreprises que sur les ménages. Il est cependant difficile de valider empiriquement les résultats de la théorie. Si, « en théorie, la croissance à long terme était soutenue par la mise en place de politiques fortement contra-cycliques ; que, dans la pratique en comparant les Etats-Unis et la zone euro, cet effet n’était pas si évident. » Patrick ARTUS, RECHERCHE ECONOMIQUE NATIXIS, FLASH Economie du 20 décembre 2007, N° 492
 
 Le caractère contra-cyclique doit aussi être présent
dans les périodes d’expansion
  
« La critique récente de l’action des banques centrales a porté sur le caractère non pas contra-cyclique mais procyclique des politiques monétaires dans les périodes d’expansion. Ainsi, à la fin des années 1990, les crédits augmentent très rapidement ainsi que les cours boursiers, (...) la politique monétaire reste procyclique. De même, à partir de 2004, les crédits augmentent à nouveau très vite ainsi que les prix de l’immobilier résidentiel, et pourtant la politique monétaire reste expansionniste. » Patrick ARTUS, RECHERCHE ECONOMIQUE NATIXIS, FLASH Economie du 20 décembre 2007, N° 492
 
Ceci a été souvent répété, lorsque les politiques monétaires sont excessivement expansionnistes, lorsqu’elles restent procycliques dans les périodes d’expansion, la progression du crédit alimente celle du prix des prix des actifs,et conduit à des  situations d’excès d’endettement et de bulle spéculative sur les prix des actifs dont on connaît les conséquences lors de la phase de dégonflement de la bulle…
 
De manière analogue, lorsque la politique budgétaire reste expansionniste en période de croissance soutenue, il n’existe plus de marges de manœuvre lors des phases de récession. La procyclicité de la politique budgétaire ne lui permet pas de jouer son rôle stabilisateur lorsque la conjoncture l’impose.
 
Ainsi, « dans certains pays européens (France, Italie), les gouvernements n’ont pas profité de l’expansion de la période 2004-2006 pour réduire suffisamment les déficits publics, à la différence de ce qu’on a observé en Allemagne ou aux Etats-Unis en France, en particulier, la politique budgétaire est clairement procyclique dans les dernières années. Ceci ne permet plus à la politique budgétaire de devenir contra-cyclique quand la période d’expansion cesse. » Patrick ARTUS, RECHERCHE ECONOMIQUE NATIXIS, FLASH Economie du 20 décembre 2007, N° 492
 
 
En résumé, on peut retenir qu'en théorie, l’intérêt des politiques macroéconomiques contra-cycliques n’est pas seulement de stabiliser l’économie à court terme, mais également de contribuer à augmenter la croissance potentielle, à relever le sentier de croissance à long terme. En effet, en réduisant les pertes en capital, les coûts liés à l’insolvabilité des emprunteurs, en limitant le rationnement du crédit lors des phases de récession, en favorisant  l’investissement productif et en réduisant la variabilité de l’économie, les politiques contra-cycliques agissent non seulement sur la croissance effective à court terme (par le biais le plus souvent d’actions sur la demande) mais influent aussi sur la croissance potentielle, à long terme, en augmentant le stock de capital productif. Pour autant, à partir de la comparaison des situations des Etats-Unis et de la zone euro, puisque les politiques économiques sont nettement plus contra-cycliques aux Etats-Unis, Patrick ARTUS nuance ces conclusions. Nous suivrons avec intérêt les analyses suivantes et celles d’éventuels et probables contradicteurs.
 
A consulter :
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Laurence Boone 10 Septembre 2007
 
  
 
« La crise financière aura-t-elle des conséquences sur l'économie réelle ? » Le Monde, Débat avec Jean Paul Fitoussi,  président de l'OFCE,  mardi 11 septembre 2007 à 15 h00.
 
 
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Vendredi 28 décembre 2007
par David MOUREY publié dans : Mondialisation
 
Dans un rapport récent du Conseil d’Analyse Économique, « Mondialisation : les atouts de la France », rapport n°71, publié il y a quelques mois, six contributions de Philippe Aghion, Patrick Artus, Daniel Cohen, Élie Cohen, Lionel Fontagné, Thierry Madiès et Thierry Verdier, tentent de mettre en évidence les atouts de la France dans le cadre du processus de mondialisation et les bénéfices qu’elle peut, pourrait,  en tirer.
 
Comme le rappelle Christian de Boissieu, Président délégué du Conseil d’analyse économique, dans une courte introduction, « Mettre le projecteur sur les atouts de l’ouverture et de la mondialisation ne signifie pas que l’on néglige les défis et certains coûts, les uns temporaires d’autres permanents, de la mondialisation mais puisque les débats franco-français privilégient souvent ces défis et ces coûts, il n’était pas inutile d’aborder, pour une fois, les avantages de l’ouverture et les atouts de la France. »
 
L’intérêt de ce court rapport, de 90 pages seulement, réside bien dans cette volonté de faire une brève présentation de la situation de la France au regard de la mondialisation économique, de ses points forts et des avantages qu’elle peut et/ou pourrait en tirer.
 
En fait, si la France a intérêt à participer aux échanges internationaux, elle semble ne pas profiter autant de la mondialisation qu’elle le pourrait.
 
Dans une première contribution, « Atouts et défis de la France dans la mondialisation », Philippe Aghion et Élie Cohen partent du constat suivant : « Depuis plusieurs années la France perd des parts de marché au niveau mondial au profit d’autres pays industrialisés, notamment l’Allemagne, et elle croît également moins vite que plusieurs autres pays de l’OCDE. »
 
Pour eux, cette tendance « n’est pas inexorable car la France dispose d’atouts dans la mondialisation ».
 
Pour Patrick Artus,  directeur du Service économique de NATIXIS, dans une contribution intitulée « Quels atouts pour la France dans la mondialisation ? »,   à partir d’une comparaison des évolutions des exportations des différents produits, des services et de la production domestique entre la France, l’Allemagne, le Royaume-Uni, l’Italie et la Suède, on peut déterminer les biens pour lesquels il existe une spécialisation favorable.
 
Evolution des exportations
 
Selon Patrick Artus, de 1996 à 2004, l’évolution des exportations de 22 produits (pour les cinq pays étudiés), montre que la progression est forte en France pour 6 produits sur 22 : le matériel agricole, les télécommunications, les automobiles, l’énergie, l’armement, la pharmacie. Elle est faible (voire négative) pour l’informatique, l’électroménager, les navires...
 
L’Allemagne présente des exportations en croissance forte pour 14 produits sur 22 : l’électronique, l’informatique, le matériel électrique, le matériel de télécommunication, les automobiles, les moteurs, l’énergie, le ciment, le verre, les machines outils, les navires, l’aéronautique et l’espace, l’agroalimentaire, la pharmacie (14 produits).
 
Evolution des productions de biens
 
Toujours entre 1996 et 2006, la croissance de la production industrielle en France est forte pour l’automobile et les équipements mécaniques. La France est surtout spécialisée dans quatre secteurs : l’automobile, la pharmacie, l’armement, le matériel agricole. La perte de production est importante pour l’habillement, le textile, l’électroménager, l’informatique et  l’électronique. La position de l’agroalimentaire est fragile.
 
La perte de parts de marché pour les produits haut de gamme dont les marchés croissent rapidement, comme l’informatique, l’électronique, les services échangeables, et les risques qui pèsent sur certains secteurs forts tels que l’automobile et le matériel agricole, posent un réel problème pour l’avenir.
 
Cette situation est d’autant plus particulière qu’en France les PME sont en croissance faible et restent de petite taille. Les PME éprouvent de grandes difficultés à devenir des gazelles. En revanche, les grands groupes sont souvent leaders mondiaux. On peut en déduire qu’il faudrait créer un environnement fiscal, réglementaire, et un fonctionnement du marché du travail, plus stables et favorables au développement des activités de ces grands groupes.
 
L’Allemagne présente, en revanche, une progression relativement forte de la production dans les secteurs de l’automobile, les équipements mécaniques et électriques, la métallurgie, l’informatique.
 
Les seules positions fortes du Royaume-Uni semblent être la pharmacie et les navires, de l’Italie, le matériel électrique, la sidérurgie, l’agroalimentaire, l’Allemagne et la Suède ont de nombreux points forts.
 
Evolution des échanges de services
 
En ce qui concerne les échanges de services enfin, on peut observer une dégradation de la position de la France, depuis 2001, y compris pour le tourisme. Le Royaume-Uni et la Suède ont des exportations de services très importantes.
 
En résumé, la France présente des spécialisations efficaces dans peu de secteurs, alors que l’Allemagne et la Suède ont beaucoup plus de secteurs forts et elle est en recul relatif dans les secteurs liés aux nouvelles technologies. Dans quelques secteurs clés, comme les transports, l’aéronautique et l’énergie, la France a (partiellement) réussi à se maintenir sa compétitivité. Mais dans d’autre secteurs d’avenir, car ayant un fort potentiel de croissance, comme le secteur des technologies de l’information et de la communication (TIC), et celui des son avantage comparatif s’est réduit comme une peau de chagrin. Cela s’est fait au profit de pays comme l’Inde et les Etats-Unis pour les TIC et au profit des États-Unis et du Royaume-Uni biotechnologies.
 
 
Les atouts de la France : facteurs de production et infrastructures
 
Les points forts de la France, en ce qui concerne les facteurs de production et l’attractivité semblent être, entre autres, le niveau élevé d’éducation de la population et la proportion élevée de diplômés dans les matières scientifiques. La France dispose donc d’un stock de capital humain de grande qualité. La qualité de la main d’œuvre, savoir et savoir-faire, celle de ses ingénieurs et techniciens, de ses chercheurs notamment dans les sciences (mathématiques, physique, chimie, médecine, biologie) ne sont plus à démontrer.
 
En France, les infrastructures publiques (transports, énergie) restent très favorables à l’attractivité du territoire.
 
D’un point de vue macroéconomique, une demande intérieure plus forte que dans d’autres pays européens.
 
Pourquoi ce déclin relatif ?
 
Plusieurs types d’explications complémentaires peuvent être avancées pour expliquer de déclin relatif de la France. Les points faibles de la France se trouvent dans les domaines suivants : innovations, R&D, système de financement, marchés trop rigides, environnement macroéconomique source d’incertitudes et donc peu porteur …
 
Un effort insuffisant d’innovation et d’investissement
 en nouvelles technologies
 
Des choix industriels conduisant à un sous-investissement en R&D et donc à un retard technologique, un manque de synergie entre recherche et innovation, la persistance de carences en matière de concurrence sur les différents marchés (du travail et des biens et services). Ces carences sont liées aux difficultés en matière de financement de l’activité économique en raison d’un système de financement quelque peu obsolète et une gestion macroéconomique peu propice à l’investissement et à l’innovation.  
 
Sous-investissement en R&D et … retard technologique
 
Plus précisément, les choix de spécialisations industrielles de la France l’ont conduit à abandonner le haut de gamme dans différents secteurs, ce qui est illustré par la faiblesse de ses investissements en R&D dans ces secteurs par comparaison avec les mêmes secteurs aux États-Unis et dans d’autres pays de l’OCDE. C’est bien sa moindre capacité à investir et ainsi se maintenir dans le haut de gamme qui explique l’échec relatif de l’industrie en France par rapport à l’Allemagne, en particulier.
 
« Plus industrialisée que le Royaume-Uni, la France a davantage souffert du mouvement général de déclin de l’industrie au profit du secteur tertiaire, des services. Cela est surtout visible dans le secteur des services financiers. »
 
Enfin, la France n’a pas su répondre suffisamment à l’accélération de la demande provenant des pays asiatiques à croissance durablement soutenue, en particulier en Chine et en Inde, car ses exportations demeurent largement confinées à ses marchés traditionnels notamment européens.
 
Manque de synergie entre recherche et innovation
 
Philippe Aghion et Élie Cohen rappellent le manque d’investissement dans l’enseignement supérieur, et dans les universités qui souffrent d’un manque d’autonomie et de concurrence, à la fois dans le choix de leurs professeurs et dans la sélection des étudiants. La France souffre, en outre, « de l’absence de synergies entre recherche fondamentale et recherche industrielle. Il existe trop peu de « venture capitalists », de « business angels » (600 seulement en France contre près de 60 000 au Royaume-Uni), et les auteurs insistent sur la faiblesse de structures d’interaction entre chercheurs universitaires, entreprises innovantes et juristes commerciaux. »
 
Un système de financement de l’économie insuffisamment modernisé
 
« Un système financier (banque, marchés boursiers, venture capitalists…) encore trop sous-développé et par conséquent inapte a financer des activités plus innovantes au sein des entreprises existantes et à favoriser pleinement l’entrée et la croissance de nouvelles firmes. Les contraintes financières des entreprises individuelles sont mesurées par leur aptitude à obtenir des crédits bancaires, laquelle dépend à son tour de la mesure dans laquelle l’entreprise a su honorer ses créances commerciales dans le passé. »
 
Persistance de carences en matière de concurrence
sur les différents marchés
 
Un marché du travail et un marché des produits encore trop rigides
 
Certaines règles de fonctionnement sur le marché du travail et le coût du travail sont défavorables à l’emploi et à la dynamique économique. Il en est ainsi en ce qui concerne « le niveau élevé du coin fiscal (tax wedge, taxation totale du travail) »
 
La forte proportion de chômeurs de longue durée (12 mois et plus) montre l’inefficacité apparente des agences du marché du travail. De surcroît,  la faible durée du travail sur la vie en France reste pénalisante en matière d’activité et de PIB par habitant.
 
Une gestion macroéconomique peu propice
à l’investissement et à l’innovation
 
Une dette publique excessive et des politiques macroéconomiques (fiscales et monétaires) insuffisamment contra-cycliques, donc trop pro-cycliques, n’aident pas les entreprises suffisamment en périodes de récessions et par conséquent ne les incitent pas à s’engager dans des investissements tels que la R&D qui nécessitent d’être maintenus dans le long terme pour être profitables. « Selon des données de panel intra-firme, les dépenses en R&D par les firmes plus contraintes financièrement, sont davantage procycliques, et en particulier sont davantage sacrifiées en période de récession, ce qui se traduit par un niveau inférieur des dépenses moyennes de R&D le long du cycle. »
 
La combinaison d’un sous investissement en R&D (un retard technologique), de rigidités sur les marchés du travail et marché des produits et d’une gestion macroéconomique peu propice à l’investissement et à l’innovation aurait un impact négatif significatif sur la croissance potentielle de la France..
 
 
Que faire pour mieux profiter des avantages potentiels
 de la mondialisation ?
 
De manière générale, la combinaison harmonieuse des principaux leviers (évoqués ci-dessus) de la croissance est seule susceptible d’augmenter durablement le potentiel de la croissance économique française.
 
Pour Patrick Artus, la perte de parts de marché de la France pour la production des biens innovants (informatique, électronique, machines…) et la faiblesse de l’activité d’innovation, peuvent être compensées en mettant en place un environnement favorable au développement en France des activités des grands groupes. ,
 
Philippe Aghion et Élie Cohen proposent de combiner des politiques transversales de type top-down (ou ciblées), orientées vers une meilleure utilisation de nos ressources et des politiques colbertistes traditionnelles, de type bottom-up (ou non ciblées), dans les activités où les coûts fixes sont importants et où la coordination entre plusieurs agents est nécessaire.
 
Du modèle « top down » …
 
« Au cours des Trente glorieuses la France a défendu un modèle colbertiste de politique industrielle, où les aides de l’État servaient de levier principal au progrès technique et où tout procédait de manière top down. Ce sont ces types d’intervention de l’État qui ont favorisé l’émergence de positions dominantes dans les secteurs de transports, de l’armement, de l’énergie notamment nucléaire, des services informatiques et les télécommunications.
 
« Les politiques colbertistes, de type top-down, se justifient dans les activités où les coûts fixes sont importants et où la coordination entre plusieurs agents est nécessaire (transports armements), et dans les secteurs stratégiques où notre pays doit se rapprocher de la frontière technologique, sans que cela porte atteinte à la concurrence (énergie, santé, biotechnologie). »
 
Lorsque les coûts fixes sont élevés, on parle de sunk costs. Certaines activités exigent la coordination entre plusieurs agents économiques quand elles sont génératrices d’externalités. Ces spécificités sont observables dans le secteur des transports, des armements, de l’énergie (avec maintenant la priorité donnée aux énergies qui économisent en émission de CO2) et à celui de la santé et des biotechnologies.
 
« L’intervention top-down doit permettre à ces trois secteurs de se rapprocher de la frontière technologique mondiale, sans pour autant porter atteinte à la concurrence qui est elle-même génératrice d’innovations et de croissance économique. »
 
Cependant, le modèle d’intervention Top Down, ne peut être préservé tel quel dans un contexte d’ouverture économique croissante dans le cadre de la mondialisation et de l’intégration économique européenne (marché unique européen et libéralisation des mouvements de capitaux) et dans un environnement économique ou l’innovation est devenue le principal moteur de la croissance effective et potentielle.
 
… au modèle « bottom-up »
 
«Les politiques bottom-up (ou non ciblées) impliquent « davantage d’investissement dans la recherche fondamentale et l’enseignement supérieur et une réorganisation de notre système universitaire ; un gros effort dans le développement du secteur financier avec en particulier le développement du capital-risque, des incubateurs et des business angels pour faciliter l’interface entre recherche fondamentale et applications industrielles ; ouverture maximale du capital à l’investissement étranger direct ; une flexibilisation des marchés du travail et des produits, accompagnée de politiques macroéconomiques plus contra-cycliques et d’une réduction de la dette publique ; une réforme fiscale qui encourage l’investissement tout en permettant de contenir la dette publique et en même temps de financer l’éducation supérieure et la mise en œuvre des réformes structurelles, notamment la flexibilisation du marché du travail. »
 
In fine, pour des raisons d’efficacité, il convient d’articuler bottom-up et top down, c'est-à-dire des politiques non ciblées et des interventions industrielles ciblées. 
 
A consulter :
 
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Le rapport du Conseil d’Analyse Économique
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Liste des contributions du rapport du Conseil d’Analyse Économique,
« Mondialisation : les atouts de la France », rapport n°71, rapport n°71
 
1. Atouts et défis de la France dans la mondialisation
Philippe Aghion et Élie Cohen
 
2. Quels atouts pour la France dans la mondialisation ?
Patrick Artus
 
3. La mondialisation immatérielle : synthèse
Daniel Cohen et Thierry Verdier
 
4. Les atouts de la France dans la mondialisation et la tentation protectionniste
Élie Cohen
 
5. Les atouts de la France dans la mondialisation
Lionel Fontagné
 
6. La France dans la concurrence mondiale :quels atouts pour quelle politique économique ?
Thierry Madiès
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Samedi 22 décembre 2007
par David MOUREY publié dans : Sciences Economiques et Sociales
 
En toute indépendance, je vais organiser et animer un colloque sur l’enseignement de sciences économiques et sociales (SES) au lycée.
 
 
Un colloque au Palais du Luxembourg en avril 2008
 
Le colloque aura lieu au Palais du Luxembourg, lundi 21 avril 2008 entre 8 h et 18 h 30 dans la Salle Médicis qui contient 246 places.
 
 
Programme des tables rondes
 
Le colloque sera intitulé :
 
« Vertus et infortunes des sciences économiques et sociales »
L’enseignement de l’économie, au lycée et en SES, en question
 
 
Table ronde n°1 :
 
Les Sciences Economiques Sociales en que