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  • David Mourey
  • Professeur d'Economie et de Sociologie

Depuis 2005, Organisation et Animation :
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Colloques d'Economie, Monnaie, Finance ...
au SENAT, Banque de France, ..., Pontault-Combault
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Les « Rencontres économiques » pour tous, lycéens, étudiants, citoyens !

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Des Initiatives de David MOUREY

1 septembre 2008 1 01 /09 /septembre /2008 20:29

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Selon Patrick ARTUS, directeur des études économiques chez NATIXIS, la Zone Euro et la France entrent probablement dans une période de croissance durablement molle.

En effet, si on met de côté le cas spécifique de l'économie allemande, et qu'on s'intéresse de prés à la France, à l'Italie et à l'Espagne, on observe qu'au-delà des fluctuations de court terme du taux de croissance du PIB, la croissance économique  est durablement pénalisée par le retournement à la baisse de l'immobilier et du crédit aux ménages.

 

Le cas de l'Allemagne

La situation de l'Allemagne est particulière dans la mesure où la croissance n'y a pas été soutenue par le boom de l'immobilier et le crédit facile aux ménages. De plus, les exportations vers les pays émergents en croissance rapide sont de grande taille.

 

Les fluctuations de la croissance

Les fluctuations de court terme de la croissance s'expliquent notamment par la forte hausse des  prix des matières premières. Plus précisément, « compte tenu du poids des matières premières dans la production, la perte de revenu réel liée à la forte hausse du prix des matières premières « est de l'ordre de 1,2 point du PIB. » »

Certes, la correction à la baisse des prix des matières premières durant l'été 2008 va soutenir la croissance, mais cet effet sera transitoire. Et, «  même sans l'effet matières premières, la croissance aurait été faible ».

 

Les causes de la faiblesse durable de la croissance

Sans surplus lié aux gains de productivité et utilisables pour soutenir la croissance, la croissance reste durablement faible.

Indépendamment de l'effet des prix des matières premières, la croissance (de la France, de la zone euro hors Allemagne) est affaiblie par le retournement à la baisse de la demande des ménages : la demande de biens immobiliers résidentiels et la demande de consommation.

Ce ralentissement durable de la croissance est lié à l'excès d'endettement des ménages en lien avec la hausse excessive des prix de l'immobilier, au durcissement des conditions du crédit bancaire et aux effets de la dégradation progressive du marché du travail.

Le fort ralentissement de la croissance  des revenus réels des ménages et du crédit aux ménages se traduit donc, hors effet prix des matières premières, par un freinage significatif de la croissance.

De plus, les corrections induites par l'excès d'endettement, le prix excessif des maisons et le stock élevé de maisons invendues, seront longues à produire leurs incidences et la croissance à toutes les chances de rester durablement faible.

 

La spirale négative de la croissance molle

Pourtant, le pire est que cette croissance molle s'auto-entretient en raison de la combinaison de faibles gains de productivité et des difficultés liées à des finances publiques dégradées.

Le  « piège à croissance faible » est d'abord le résultat des impacts cumulés de gains de productivité faibles et de délocalisations industrielles.

"Les gains de productivité sont faibles, même très faibles, en France et dans la zone euro hors Allemagne car  on constate une insuffisance de l'effort d'innovation, une insuffisance des investissements en nouvelles technologies, la croissance de l'emploi peu qualifié dans les secteurs peu sophistiqués (construction, distribution, loisirs, restaurants, services aux particuliers...) ou la productivité est basse ; au détriment de l'emploi industriel."
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Or, si les gains de productivité sont faibles, il en sera de même pour le surplus de croissance utilisable, distribuable. Comme les pays de la Zone Euro, considérés ici, vont être confrontés au vieillissement démographique, alors, des transferts nécessaires de revenus vers les retraités devront avoir lieu. Le faible surplus dégagé par les faibles gains de productivité risque donc d'être, en bonne partie,  épongé par le versement de pensions à des retraités plus nombreux.

Les faibles surplus seront donc captés par le financement des retraites, la hausse des prix des matières premières et, éventuellement, la hausse de la pression fiscale.

 

Dans ces conditions, il n'y aurait aucune marge pour accroître le pouvoir d'achat des salariés. Cela se traduirait par la faiblesse persistante de la demande intérieure des ménages.

 

Le cercle vicieux de la croissance molle continue ...

Le plus problématique,  ici, est que les mécanismes économiques en jeu peuvent contribuer à maintenir par reproduction de période en période cette croissance molle. Autrement dit, la croissance molle appelle la croissance molle.

« L'aspect auto-entretenu de ce mécanisme vient des délocalisations industrielles. »

« La faiblesse de la croissance de la demande intérieure et le niveau élevé des prix des matières premières encouragent à nouveau les délocalisations vers les pays à coûts salariaux faibles et en croissance rapide. »  

Dans la période récente, et ceci peut s'observer à travers l'évolution de l'emploi manufacturier, des investissements directs à l'étranger et de la production industrielle.

En effet, « si l'industrie se délocalise, les pays se spécialisent encore plus dans les services domestiques (au sens large) où les gains de productivité et le niveau de productivité sont faibles. La faiblesse de la productivité conduit, à la faiblesse de la demande intérieure, qu'encouragent les délocalisations industrielles, qui affaiblissent la productivité. »

 

Croissance molle et finances publiques dégradées

Les difficultés des finances publiques vont se traduire in fine par une insuffisance accrue et prolongée des exportations vers les pays en croissance rapide, au moment même ou les ressorts internes de la croissance sont dans le rouge.

Le niveau de croissance qui s'annonce en France et dans la zone euro, et qui pourrait être durablement faible, on l'a vu plus haut, va entraîner une dégradation constante des finances publiques. Le taux de croissance du PIB est en effet « inférieur au niveau de croissance qui stabilise les déficits publics, qui est de l'ordre de 2 % par an en France et 2 ¼ % par an dans la zone euro hors Allemagne. »

 

Cette dégradation inexorable des finances publiques a de graves inconvénients. Elle peut entrainer une hausse de la pression qui serait défavorable simultanément à l'offre et à la demande. Elle va rendre difficile la mise place les mesures qui permettraient d'accroître les exportations vers les pays en croissance rapide (pays émergents et pays exportateurs de pétrole).

 

Or, comme indiqué ci-dessus, si la faiblesse de la demande intérieure ne peut être compensée par un niveau élevé des exportations vers les pays en croissance rapide, la croissance de la zone ne peut que s'affaiblir durablement.

Comme la taille des exportations vers les pays en croissance rapide est faible en France et dans la zone euro hors Allemagne, il parait crucial pour ces pays de développer ces exportations.

« Mais, les études  disponibles montrent que ceci nécessite la montée en gamme de l'industrie, l'accroissement de la taille des PME afin de générer un socle suffisant de PME exportatrices. »

 

Les politiques publiques indispensables  à une hausse des exportations
vers les émergents ...

Pour que la France et ses partenaires de la Zone euro, considérés ici, puissent améliorer durablement leurs échanges avec les pays en croissance soutenue, il convient selon Patrick ARTUS de :

« - augmentation des dépenses de R&D,

- programmes publics (espace, énergie, transports, telecom, santé....) soutenant l'activité des entreprises innovantes (à l'exemple des Etats-Unis) ;

 - aide au financement en capital (et non par dette) des PME ;

- soutien des PME innovantes ;

- politiques d'éducation, de requalification ; hausse des budgets des universités;

- aussi des politiques macroéconomiques : baisse des charges sociales dont le niveau élevé freine les créations d'emplois; baisse de la fiscalité personnelle des entrepreneurs (impôts sur la fortune, taxation des plus values en capital...). »

 

Or, il semble évident que sans marges de manœuvre budgétaire, « la plupart de ces interventions publiques seront impossibles, les Etats ne pourront pas contribuer à l'augmentation des exportations vers les pays en croissance rapide. »

Le pire serait cependant la situation inverse, c'est-à-dire le cas ou les dépenses publiques seraient significativement comprimées et la pression fiscale serait accrue pour réduire les déficits publics afin de recouvrer des marges de manœuvre dans le futur.

Nous voyons bien que l'arbitrage entre le court terme et le long terme est extrêmement compliqué en matière de politique économique. Nous avons déjà observé cela à plusieurs reprises dans différents billets.
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Nous y reviendrons prochainement ...

 

A consulter :

 

Les temps de la politique économiques

 

D'une bulle spéculative à la suivante

 

Attention : une crise financière peut en cacher une autre

 

 Patrick ARTUS, Flash, « France, zone euro hors Allemagne : le piège à croissance faible », RECHERCHE ECONOMIQUE, 21 aout 2008
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Published by David Mourey - dans Croissance économique
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