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  • David Mourey
  • Professeur d'Economie et de Sociologie

Depuis 2005, Organisation et Animation :
Conférences Pédagogiques
Débats Publics
Colloques d'Economie, Monnaie, Finance ...
au SENAT, Banque de France, ..., Pontault-Combault
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Des Initiatives de David MOUREY

11 mars 2007 7 11 /03 /mars /2007 18:05
« La connaissance des faits et leur exploitation statistique sont les meilleures armes
contre l’autosuggestion et les discours démagogiques. »
 
Pierre Cahuc et André Zylberberg, »Le chômage, fatalité ou nécessité ?
 
Je voudrai montrer dans ce billet que je prends très au sérieux la question statistique posée par la polémique autour des chiffres du chômage car sans estimation statistique indépendante et fiable, nous n’avons pas de référence pour l’action. Je ne néglige aucunement les débats sur les statistiques et sur les enseignements qu’on peut en tirer. Il suffit de lire les billets relatifs aux différents débats sur le chiffrage des programmes des candidats à l’élection présidentielle. Cela étant, je souhaite également montrer qu’à trop se concentrer sur la « vérité » révélée par les statistiques, on risque de passer à coté de l’essentiel. La « Vérité » est ailleurs, en partie dans l’au-delà des statistiques, dans ce que les statistiques ne peuvent appréhender comme les enjeux, les priorités, l’échelle des valeurs…
 
Politique et statistiques, des relations difficiles
 
Cet épisode malheureux sur les chiffres « actualisés » du chômage tend à montrer que les dirigeants politiques peinent à faire un usage fidèle des statistiques sur lesquelles ils peuvent fonder un diagnostic de leurs actions passées et à partir desquelles ils peuvent se fixer des objectifs réalistes pour construire l’avenir.
 
Les « faits » révélés par les statistiques peuvent faire peur et prendre à rebours les convictions et impressions de nos dirigeants. Dans ces conditions, on peut se trouver dans des situations ubuesques comme celle que nous connaissons en ce moment à propos des « vrais » chiffres du chômage.
 
Cette affaire m’en rappelle une autre, vielle de dix ans et non moins importante. Cette dernière fut différente en partie par la nature des travaux dont l’officialisation fut retardée mais reste proche quant aux rapports entre le pouvoir politique et les « vérités » statistiques que les dirigeants souhaitent connaître mais qui peuvent devenir gênantes.
 
« Chômage : le cas français », 1996
 
Le 18 février 1996, le Premier Ministre Alain Juppé demande à Henri Guaino, Commissaire au Commissariat général du Plan, un rapport sur le chômage en France.
 
Il lui adresse le message suivant dans la lettre de mission :
 
__________________________________________________________________________
« Le Gouvernement s'est donné pour priorité défaire reculer le chômage dont la progression met en péril la cohésion sociale. D'ores et déjà de nombreuses mesures ont été décidées et mises en œuvre pour atteindre cet objectif.
Il m'apparaît néanmoins que la nature du chômage français n'est pas aujourd'hui cernée avec suffisamment de précision, que les données qui nourrissent le débat sont incomplètes et que leurs interprétations sont souvent contradictoires.
C'est pourquoi, j'ai décidé de vous confier la mission de rassembler d'ordonner et d'expertiser toutes les informations statistiques et les analyses permettant d'éclairer les spécificités du chômage français.
Vous associerez à votre réflexion un groupe restreint de spécialistes de haut niveau. Pour mener à bien votre mission vous recevrez le concours de toutes les administrations de l'Etat et de tous les organismes publics chargés de recueillir et d'analyser les données relatives à l'emploi et au chômage,
Je souhaite que vous puissiez me remettre votre rapport à l'été… »
_________________________________________________________________________
Henri Gauino s’est donc attelé à la tache et a rédigé avec Jean-Paul Fitoussi, Jacques Freyssinet et Robert Castel, un rapport intitulé « Chômage : le cas français », remis au premier ministre durant l’été 1996.
 
Devant le diagnostic dressé par ces experts reconnus, la publication du rapport « aurait » été reportée (je veux rester prudent, pourtant…) par les demandeur du rapport et leurs successeurs à Matignon, lesquels en découvrant le rapport et son diagnostic ne se sont pas précipités pour en faire une base de leur diagnostic de départ.
 
Je n’ai jamais vraiment compris pourquoi des dirigeants politiques, au service de la nation, ont-ils pu faire aussi peu de cas d’un tel diagnostic sur la situation du chômage en France ?
 
En résumé, voilà ce que nous disait ce fameux rapport :
 
_________________________________________________________________________
« La situation de près de 7 millions de personnes est directement affectée d'une façon ou d'une autre et plus ou moins gravement par l'évolution de l'emploi. Près de 7 millions de personnes sont touchées plus ou moins fortement par les difficultés de l'emploi. »
 
« On ne peut pas obtenir le nombre de personnes touchées par les difficultés de l'emploi, par la simple addition des populations énoncées précédemment. En effet, les différentes catégories se recoupent partiellement. Ainsi, les CES appartiennent à la catégorie du temps partiel subi, à la catégorie des contrats atypiques et à la précarité subie. De même on retrouve des personnes à temps partiel involontaire dans la catégorie des personnes subissant la précarité de l'emploi.
 
Ainsi, afin de déterminer le nombre de personnes en difficultés d'emploi, il convient de supprimer les doubles comptes. Ce sont près de 7 millions de personnes qui sont touchées par les difficultés de l'emploi. Ce chiffre est bien sûr une approximation qui a pour objet de fournir un ordre de grandeur.
 
À partir de toutes les données disponibles, on peut construire les différents indicateurs de la situation de l'emploi, du plus restrictif au plus large.
 
3 millions de personnes sont des demandeurs d'emploi à la recherche d'un emploi et immédiatement disponibles.
 
À cette population, s'ajoutent 350 000 personnes en formation qui sont des demandeurs d'emploi effectifs bien que non disponibles immédiatement, non pas parce qu'ils ont une activité mais parce qu'ils suivent une formation dans l'objectif de mieux correspondre à l'offre de travail.
 
5 millions de personnes souhaitent travailler davantage soit parce qu'elles n'ont pas d'emploi, soit parce qu'elles veulent travailler plus longtemps.
 
5,5 millions de personnes veulent travailler ou travailler davantage mais ne cherchent pas forcément un emploi soit parce qu'elles sont découragées, soit parce qu'elles ne le peuvent pas.
 
6,7 millions d'adultes en âge de travailler, dont 467 000 en retrait anticipé d'activité, subissent les conséquences de la dégradation de la situation de l'emploi.
 
Et ce chiffre qui est sans doute sous estimé, du fait des incertitudes sur la précarité subie, ne tient pas compte de l'environnement familial immédiat évidemment directement concerné par la situation des autres membres du ménage. Bien sûr, la situation des préretraités est généralement favorable et n'est en rien comparable à la situation des autres catégories citées ici. En toute rigueur, il n'aurait fallu prendre en compte, si le calcul avait été possible, que les préretraites subies. Mais il aurait fallu aussi mesurer le nombre de ceux qui sont condamnés à occuper un emploi sous-qualifié par rapport à leur formation et qui n'appartiennent pas déjà aux catégories du "temps partiel subi" et de la "précarité subie".
 
Au total l'ordre de grandeur est sans doute plutôt sous-estime que surestimé.
 
L'évolution dans le temps de ces différents indicateurs, à partir de données reconstituées, montre que le nombre de ceux qui subissent la dégradation de la situation de l'emploi augmente sensiblement plus vite que le chômage. En fait, la dégradation de la situation de l'emploi se traduit par un effritement général du travail qui va de la perte de l'emploi pure et simple jusqu'au chômage déguisé en passant par le temps partiel subi et l'insécurité croissante de la relation de travail.
__________________________________________________________________________
 
A la lumière ce cet épisode historique, que peut-on retenir pour analyser la situation présente ?
Les enseignements sont probablement multiples. J’en retiendrai quelques-uns seulement.
 
D’abord, ce rapport pointe de manière très claire les écarts entre définitions étroite et large du chômage. Est-il à l’origine d’une volonté d’approfondir cette question ?
 
En tout cas, en m’appuyant sur la « Note Lasaire » intitulée « Controverses sur les chiffres du chômage » et rédigée en février 2007 par Jacques Freyssinet, nous pouvons dresser un bilan comparable pour fin 2005.
 
_______________________________________________________________________________________________
En 1999, la CGT entame la publication d’indicateurs statistiques de l’emploi (disponibles depuis juin 1995) dont deux constituent des mesures élargies du chômage :
- le sous-emploi mesure les ressources de main-d’œuvre inutilisées : chômeurs BIT, chômeurs découragés, temps partiels contraints, préretraites liées à des suppressions d’emploi ;
- les exclus économiques du travail salarié (EETS) réunissent, outre les demandeurs d’emploi inscrits à l’ANPE, diverses catégories de bénéficiaires de dispositifs de la politique de l’emploi, ainsi que les bénéficiaires du RMI29.
 
Le tableau 6 met en relation chômage BIT, DEFM et EETS. Les écarts entre définition étroite et définition large sont du même ordre de grandeur que ceux calculés par ACDC (voir ci-après), mais la composition est sensiblement différente. 
 
Tableau 6 – Du chômage BIT aux EETS
 
(décembre 2005, en milliers)
 
1. Chômeurs au sens du BIT
 
2 622
2. DEFM 1, 2, 3, 6, 7 et 8 (CVS)
 
3 721
3. DRE (disp. rech. emploi)
 
409
4. Préretraites)
 
55
5. Demandeurs d’emploi en stage
 
130
6. CES+CAE+C acc. E
 
146
7. RMI non inscrits à l’ANPE
 
725
8. EETS
 
5 186
 
(…)
 
Dés 1996, CERC-Association propose une évaluation du nombre de personnes privées d’emploi. Cette évaluation réunit, les DEFM (toutes catégories) et les DRE, les chômeurs en formation et conversion, les personnes en TUC, CES ou assimilés, et les préretraités.
 
(Enfin),
 
Dans la filiation directe de cette démarche, le Collectif ACDC « Autres chiffres du chômage », créé fin 2006, a fourni (Collectif ACDC, Les chômages invisibles, 27 décembre 2007) un chiffrage des « chômages invisibles » en septembre 2006. Le volume total (2,3 millions) est supérieur à celui des DEFM 1 à la même date (2,1 millions).
 
________________________________________________________________________
 
Il y a donc un écart important entre les mesures étroite et élargie du chômage.
 
Dans ces conditions, je me demande comment certains peuvent-ils faire référence aux mesures élargies du chômage et, dans le même temps, centrer le débat sur la mesure étroite du chômage par l’Insee ?
 
Ensuite, y a t-il eu un grand débat pendant la campagne législative de 1997 à partir du diagnostic statistique établi dans ce rapport à la demande du pouvoir en place ? Je ne le crois pas. Les successeurs ont-ils fait grand cas de ce même diagnostic ? Je ne le crois pas non plus.
 
Un rapport officiel n’a donc pas été exploité comme il aurait du l’être ni par les uns, ni par les autres. Pourtant, à l’époque, le problème du chômage était d’une toute autre ampleur que ce qu’on observe aujourd’hui.
 
Ce que j’expose, ici, pourrait donner corps à ce que je nomme la « théorie du complot ». En ce qui me concerne, je pencherai plutôt pour une démission, une résignation, un manque de courage de la part de nos dirigeants face à l’ampleur du problème. Comme ils ne savent pas comment faire, on voit s’empiler depuis 25 ans, des formes d’emplois aidés aux figures multiples (quelle imagination débordante…), mais finalement, le marché du travail est toujours malade.
 
En résumé, ces brefs rappels sur le chômage mesuré au sens étroit et sur le « halo » du chômage montre que la mesure étroite du chômage, au sens du BIT, nous renvoie qu’une image fragile de l’étendue du problème. Cette donnée, le nombre de chômeurs au sens du BIT, ne permet de comptabiliser que 50% maximum des personnes touchées par le chômage.
 
Dans ces conditions, si on focalise notre attention exclusivement sur le chômage- BIT, mesuré par l’Insee, on ne perçoit que la partie visible de l’iceberg et on perd de vue ce qui se voit moins, c'est-à-dire toutes les situations qui se trouvent au frontière du chômage mais non au frontière du réel et qui méritent d’autant plus notre attention qu’il ne s’agit pas chiffres à la virgule prés.
 
Un taux de chômage à 8,6% de la population active en janvier 2007 ?
 
La vérité est ailleurs !
 
En janvier 2007, la décision initiale de l’Insee de reporter à septembre, soit après les scrutins présidentiels et législatifs, la publication des chiffres du chômage corrigés à partir de l’enquête emploi suscite de nombreuses réactions passionnées mais néanmoins fondées sur de solides arguments.
 
On peut, en effet, légitimement s’interroger sur les raisons qui ont poussé l’Institut national de la statistique à faire un tel choix à un moment aussi crucial pour le débat démocratique car depuis l’introduction de l’enquête en continu à partir de 2003, la publication avait lieu en mars chaque année.
 
La pertinence de la mesure du chômage par l’Insee, selon les critères du BIT, et la fiabilité de l’enquête emploi en tant qu’instrument de mesure ne se posent pas davantage en 2007 que les années précédentes.
 
Que vaudrait une démocratie dans laquelle les bases statistiques du débat seraient biaisées et suspectes ?
 
Comme de surcroît, les explications de l’Insee et de la Dares devant le Conseil national de l'information statistique (CNIS) n’ont pas vraiment convaincu, cela ne fait que renforcer le doute et la suspicion. Il n’y aurait pas de problèmes méthodologiques inédits empêchant la publication des chiffres corrigés comme chaque année à cette époque.
 
Enfin, étant donné que le chiffre du taux de chômage au sens du BIT, de 9,8 %, source de toute les polémiques et publié à partir d’une note anonyme, serait bel et bien le chiffre non publié officiellement et reporté, les interrogations se multiplient.
 
Comme l’a dit Eric Maurin sur son blog : « Au final, une fois le brouillard dissipé (…) le chômage s’élève en moyenne à 9,8% dans l’enquête Emploi en 2006, soit exactement le même taux qu’en 2005 (aucune baisse donc, ni petite ni grande) (…). Tout le baratin gouvernemental sur la réussite des dispositifs bidules et des contrats machins tombe à l’eau. »
 
Cet épisode conforterait l’idée selon laquelle « La statistique publique est désormais complètement manipulée, manipulation d’autant plus sûre d’ailleurs que le pouvoir n’a même plus besoin d’exercer de censure directe : l’autocensure œuvre d’elle-même. » selon Eric Maurin.
 
L’auteur, par ailleurs chercheur, en déduit que « La place de la statistique publique et de l’évaluation des politiques publiques devrait être un enjeu majeur dans cette présidentielle. »
 
Là, je ne suis pas d’accord !
 
Certes, le statut d’indépendance de la statistique publique devrait être gravé dans le marbre des principes fondamentaux de la démocratie.
 
Mais je ne crois pas qu’à six semaines du premier tour des élections présidentielles, cela puisse être un enjeu majeur de cette élection. Je vais m’en expliquer.
 
S’il est des enjeux majeurs, celui-ci n’en fait pas partie de mon point de vue. Le débat doit d’abord porter sur les questions de fond : le chômage dans une mesure étroite, ce qu’on considère comme le « halo » du chômage, les inégalités économiques et sociales cumulées qui peuvent en découler….
 
Que peut-on attendre des politiques, dans l’immédiat, sur cette question sérieuse d’indépendance de l’Insee… ? On ne peut récolter que des promesses, encore des promesses ! Rien de plus. Alors, engageons le débat sur les vrais problèmes relatifs au chômage.
 
Où sont les urgences sociales?
 
Au cours des six semaines à venir, est-il plus urgent d’avoir des assurances sur l’indépendance future des statistiques publiques ou bien est-il plus urgent de demander aux candidats de nous présenter un programme complet et cohérent de lutte contre le chômage et tout le cortège de difficultés qui s’inscrit dans son sillage ?
 
Peut-être pourrions nous aller demander aux principales victimes des problèmes économiques et sociaux ce qu’ils en pensent ?
Que souhaitent les SDF, aidés par les associations comme « Les enfants de Don Quichotte » ? Que pensent-ils de l’énervement, de l’écoeurement… des chercheurs en économie et des professeurs de sciences économiques et sociales, à propos de la polémique statistique sur le taux de chômage entre 8,6% et 9,8% ?
Qu’en pensent les chômeurs de longue durée, les chômeurs découragés, les travailleurs qui sont en situation de sous-emploi… ?
 
L’urgence, est-elle dans l’indépendance immédiate ou annoncée pour dans quelques mois de l’Insee ou bien se trouve-t-elle dans l’exigence de réponses immédiates et durables à leurs problèmes ?
 
Je n’aime pas que la démocratie et le débat soient biaisés par les statistiques( non) publiées, mais l’ampleur de l’erreur, 1 point au niveau du taux de chômage et environ 250 000 chômeurs de plus dans une mesure étroite (halo non compris), ne change « presque » rien à l’ampleur du problème.
 
A 2,2 millions ou à 2,5 millions de chômeurs, pour être large, le chômage au sens du BIT reste un problème massif.
 
Conformément à ce que nous avons vu plus haut pour l’année 1996, il y aurait en France, à la louche, en 2007 environ 5 millions de personnes directement affectées d'une façon ou d'une autre et plus ou moins gravement par l'évolution de l'emploi.
 
Alors, quand on vient m’expliquer que si la mesure du chômage (Insee-BIT) est tronquée, on ne dispose pas d’une base assez solide pour prendre les décisions adaptées et qui s’imposent, je reste perplexe, dubitatif. Quand on sait comment se mesure le chômage, peut-on considérer qu’une « pièce essentielle pour proposer une évaluation objective de la politique gouvernementale est soustraite au débat public » ? Que je sache, on ne nous a pas dit que le taux de chômage était tombé à 5 % et que le nombre de chômeur était d’environ 1,2 millions.
 
Toute cette polémique qui repose sur ce que j’ai nommé la « théorie du complot », au sens ou il y aurait à l’origine de ce report une volonté du gouvernement de la république, n’a pas la place qu’elle devrait occuper aujourd’hui dans la hiérarchie des priorités, des urgences.
 
Il faut certes mettre le sujet sur la table des discussions mais concentrons d’abord nos énergies sur les questions de société qui vont engager l’avenir des générations présentes et futures.
 
Quelques sujets incontournables de débat
 
Demandons et exigeons des programmes cohérents et pertinents en ce qui concerne la croissance économique, l’emploi et le chômage, les inégalités de revenus, la place des entreprises dans la dynamique économique, la dette publique, les dépenses publiques et les prélèvements obligatoires, les contraintes et les perspectives liées à la construction européenne et la mondialisation, les moyens technologiques nécessaires à la protection de l’environnement et au développement économique, humain et durable… …. 
 
Avez-vous entendu des débats vraiment argumentés sur ces questions, en présence des candidats susceptibles de se retrouver au second tour et donc d’être élus ?
 
Il me semble que tous ces sujets sont le plus souvent évoqués dans le désordre, sans grande cohérence et restent peu développés.
 
Oui, « le débat lancé par Eric Maurin sur l’autonomie de la statistique publique me parait très opportun et salutaire. » mais pas maintenant ! Il sera bien temps de s’adresser à la nouvelle majorité en place pour traiter ce problème secondaire par rapport à ceux que j’ai évoqué. Le débat sur l'impartialité, la neutralité, l’objectivité des diagnostics des organismes statistiques publics aura lieu, c’est certain, mais dans quelques mois. Il ne s’agit pas de se taire devant une éventuelle manipulation statistique et tout ce que cela peut impliquer. De plus, il sera désormais possible de faire une exploitation économique et politique des nouveaux chiffres, non encore officiels, du chômage contre ceux qui sont à l’origine de cette erreur stratégique et de la polémique actuelle.
 
Pour conclure, je dirais : à chacun de choisir ses priorités, à chacun de hiérarchiser les urgences du moment.
 
__________________________________________________________________________
Sources :
 
Jacques Freyssinet, « Note Lasaire », « Controverses sur les chiffres du chômage » février 2007
 
Eric Maurin, Chômage : sueurs et contorsions au Conseil de la Statistique
 
Mes autres autres billets sur Emploi et chômage.
 
 
 
 
 
Published by David MOUREY - dans Emploi et chômage
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commentaires

Ego 12/03/2007 13:23

Excellent billet ! brvo !
Je suis parfaitement d'accord avec toi quand tu dis que la question de l'indépendance de la statistique publique n'est pas la question prioritaire pour le moment. Néanmoins, je pense que tu es toi aussi d'accord avec le fait que la statistique est un instrument nécessaire pour permettre de porter un jugement sur une politique gouvernementale, mais ceci n'est vrai que si (ssi) les statistiques ne sont pas biaisées, voire manipulées.
Alors si effectivement, le débat des prochaines présidentielles ne doit pas se limiter à cette question, partisan d'un vote réfléchi, j'estime qu'avoir toutes les clés pour juger sur pièce des mesures des gouvernements passés serait la moindre des choses...
 
Ego

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