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  • David Mourey
  • Professeur d'Economie et de Sociologie

Depuis 2005, Organisation et Animation :
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Colloques d'Economie, Monnaie, Finance ...
au SENAT, Banque de France, ..., Pontault-Combault
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Des Initiatives de David MOUREY

10 août 2007 5 10 /08 /août /2007 13:58
 
Qu’est-ce que le chômage ? (2/2)
 
Comparaisons des mesures INSEE (PSERE) et ANPE (DEFM)
Des écarts importants
 
A partir de ces deux indicateurs, nous disposons de deux mesures du chômage non identiques. De ce fait, nous avons deux estimations plus ou moins divergentes de la situation du marché du travail au regard du plein emploi.
 
Par exemple, « on peut à partir de l’enquête emploi 2005, établir le lien entre les chômeurs au sens du BIT et les demandeurs d’emploi décomptés par l’ANPE. Ainsi, sur 2 717 000 chômeurs au sens du BIT, 453 00 se déclarent non inscrits à l’ANPE. A l’inverse, 1 705 000 personnes se déclarent inscrites à l’ANPE mais ne sont pas classées comme chômeurs BIT. Ainsi, en 2005, selon l'Enquête Emploi de l'Insee, sur les 3 969 000 personnes inscrites à l'ANPE, 2 264 000 seulement répondaient aux critères du chômage BIT. On parle parfois de « halo du chômage » pour désigner les individus en situation de sous-emploi ou se déclarant chômeurs, « gravitant » autour du noyau dur des chômeurs au sens du BIT. » Source : Economie, Alain Beitone, Christine Dollo, Emmanuel Buisson, Emmanuel Le Masson
 
 
Chômeurs BIT et Inscrits à l'ANPE selon l'enquête emploi 2005
Chômeurs BIT non inscrits à l'ANPE
   453 000
Chômeurs BIT inscrits à l'ANPE
2 264 000
Inscrits à l'ANPE considérés comme
Inactifs ou actifs occupés par le BIT Dont :
- inactifs
- inscrits actifs occupés
 
 
   712 000
   993 000
 
Nous avons deux estimations du chômage dont on peut déduire deux estimations de l’ampleur de notre éloignement/proximité du plein emploi. Dans ces conditions, et compte tenu des limites inhérentes aux deux indicateurs utilisés et aux critères de classement choisis, notre estimation du plein emploi reste assez précaire. Il conviendra de rester prudent quant à son utilisation en tant que référence, objectif, à atteindre.
 
En effet, si les mesures du chômage de l’INSEE et de l’ANPE différent (sachant qu’elles ne concernent pas exactement les mêmes personnes) alors cela veut dire que dans l’hypothèse ou les mesures du chômage seraient identiques, on ne pourrait en déduire que la situation du marché du travail au regard du plein emploi serait la même dans les deux cas. Il ne suffit donc pas de mesurer le nombre de chômeurs pour estimer par déduction l’écart au plein emploi.
 
Autres figures et autres mesures du sous-emploi
 
Le chômage, n’est pas la seule catégorie permettant d’estimer le sous emploi et donc un écart par rapport à une situation de plein emploi. Il faut également prendre en compte le taux de sous-emploi parmi les emplois à temps partiel, le taux d’emploi de la population en âge de travailler, le taux d’activité de la population en âge de travailler, le nombre d’individu qui compose la population carcérale…, en fait, tout ce qui peut brouiller les frontières entre inactivité, emploi et chômage.
 
"La prison constitue un bon traitement statistique du chômage." Robert Solow, Prix Nobel d’Economie en 1988
 
Sous emploi et chômage : Taux de sous-emploi
 
 
Proportion d'actifs employés à temps partiel
Taux de sous-emploi parmi les emplois à temps partiel (1)
Nombre de personnes en sous-emploi (milliers)
Femmes
Hommes
Ensemble
Femmes
Hommes
Ensemble
Femmes
Hommes
Ensemble
Moyenne 2002
30,2
5,4
16,5
26,6
33,0
27,8
901
287
1 188
Moyenne 2003
29,9
5,4
16,5
26,9
30,7
27,5
908
278
1 186
(1) : actifs à temps partiel recherchant un emploi pour travailler davantage (à temps partiel ou à temps complet) ou souhaitant travailler davantage mais ne cherchant pas d'autres emploi.
Source : Insee Première n° 958
  
Des mesures élargies du chômage
 
Un rappel utile de ce que je disais ici, Urgences sociales et indépendance statistique, s’impose. En 1996, dans un rapport intitulé « Chômage : le cas français » remis au Premier Ministre, et rédigé par Henri Gauino, Jean-Paul Fitoussi, Jacques Freyssinet et Robert Castel, on trouvait l’estimation suivante.
 
« La situation de près de 7 millions de personnes est directement affectée d'une façon ou d'une autre et plus ou moins gravement par l'évolution de l'emploi. Près de 7 millions de personnes sont touchées plus ou moins fortement par les difficultés de l'emploi. »
Ainsi, afin de déterminer le nombre de personnes en difficultés d'emploi, il convient de supprimer les doubles comptes. Ce sont près de 7 millions de personnes qui sont touchées par les difficultés de l'emploi. Ce chiffre est bien sûr une approximation qui a pour objet de fournir un ordre de grandeur.
À partir de toutes les données disponibles, on peut construire les différents indicateurs de la situation de l'emploi, du plus restrictif au plus large.
3 millions de personnes sont des demandeurs d'emploi à la recherche d'un emploi et immédiatement disponibles.
À cette population, s'ajoutent 350 000 personnes en formation qui sont des demandeurs d'emploi effectifs bien que non disponibles immédiatement, non pas parce qu'ils ont une activité mais parce qu'ils suivent une formation dans l'objectif de mieux correspondre à l'offre de travail.
5 millions de personnes souhaitent travailler davantage soit parce qu'elles n'ont pas d'emploi, soit parce qu'elles veulent travailler plus longtemps.
5,5 millions de personnes veulent travailler ou travailler davantage mais ne cherchent pas forcément un emploi soit parce qu'elles sont découragées, soit parce qu'elles ne le peuvent pas.
6,7 millions d'adultes en âge de travailler, dont 467 000 en retrait anticipé d'activité, subissent les conséquences de la dégradation de la situation de l'emploi.
 
« Et ce chiffre qui est sans doute sous estimé …».  Au total l'ordre de grandeur est sans doute plutôt sous-estime que surestimé.
 
L'évolution dans le temps de ces différents indicateurs, à partir de données reconstituées, montre que le nombre de ceux qui subissent la dégradation de la situation de l'emploi augmente sensiblement plus vite que le chômage. En fait, la dégradation de la situation de l'emploi se traduit par un effritement général du travail qui va de la perte de l'emploi pure et simple jusqu'au chômage déguisé en passant par le temps partiel subi et l'insécurité croissante de la relation de travail.Ce rapport pointe de manière très claire les écarts entre définitions étroite et large du chômage. Est-il à l’origine d’une volonté d’approfondir cette question ?
 
De surcroît, dans la « Note Lasaire » intitulée « Controverses sur les chiffres du chômage » et rédigée en février 2007 par Jacques Freyssinet, nous pouvons dresser un bilan comparable pour fin 2005.
 
En 1999, la CGT entame la publication d’indicateurs statistiques de l’emploi (disponibles depuis juin 1995) dont deux constituent des mesures élargies du chômage :
- le sous-emploi mesure les ressources de main-d’œuvre inutilisées : chômeurs BIT, chômeurs découragés, temps partiels contraints, préretraites liées à des suppressions d’emploi ;
- les exclus économiques du travail salarié (EETS) réunissent, outre les demandeurs d’emploi inscrits à l’ANPE, diverses catégories de bénéficiaires de dispositifs de la politique de l’emploi, ainsi que les bénéficiaires du RMI29.
Le tableau 6 met en relation chômage BIT, DEFM et EETS. Les écarts entre définition étroite et définition large sont du même ordre de grandeur que ceux calculés par ACDC (voir ci-après), mais la composition est sensiblement différente. 
 
Tableau 6 – Du chômage BIT aux EETS
 
(décembre 2005, en milliers)
 
1. Chômeurs au sens du BIT
 
2 622
2. DEFM 1, 2, 3, 6, 7 et 8 (CVS)
 
3 721
3. DRE (disp. rech. emploi)
 
409
4. Préretraites)
 
55
5. Demandeurs d’emploi en stage
 
130
6. CES+CAE+C acc. E
 
146
7. RMI non inscrits à l’ANPE
 
725
8. EETS
 
5 186
 
(…)
 
Enfin, dés 1996, CERC-Association propose une évaluation du nombre de personnes privées d’emploi. Cette évaluation réunit, les DEFM (toutes catégories) et les DRE, les chômeurs en formation et conversion, les personnes en TUC, CES ou assimilés, et les préretraités. ( …) Dans la filiation directe de cette démarche, le Collectif ACDC « Autres chiffres du chômage », créé fin 2006, a fourni (Collectif ACDC, Les chômages invisibles, 27 décembre 2007) un chiffrage des « chômages invisibles » en septembre 2006. Le volume total (2,3 millions) est supérieur à celui des DEFM 1 à la même date (2,1 millions).
 
Il y a donc un écart important entre les mesures étroite et élargie du chômage. Ces brefs rappels sur le chômage mesuré au sens étroit et sur le « halo » du chômage montre que la mesure étroite du chômage, au sens du BIT, nous renvoie qu’une image fragile de l’étendue du problème. Cette donnée, le nombre de chômeurs au sens du BIT, ne permet de comptabiliser que 50% maximum des personnes touchées par le chômage.
 
Dans ces conditions, si on focalise notre attention exclusivement sur le chômage- BIT, mesuré par l’Insee, on ne perçoit que la partie visible de l’iceberg et on perd de vue ce qui se voit moins, c'est-à-dire toutes les situations qui se trouvent au frontière du chômage mais non au frontière du réel et qui méritent d’autant plus notre attention qu’il ne s’agit pas chiffres à la virgule prés.
 
Cela non plus n’est pas sans incidences sur nos estimations du plein emploi. La vigilance dans l’interprétation des statistiques doit être une règle intangible.
 
L'effacement des frontières de l’emploi et du chômage
 
« Les interdépendances entre emploi, chômage et inactivité. »
« Le chômage n’est pas uniquement l’écart résiduel entre les offres et les demandes de travail. Le niveau de chômage conditionne d’une certaine manière le niveau de l’emploi. La stratégie des entreprises va recourir plus ou moins à l’emploi selon le niveau de contraintes du marché du travail, le rapport de force avec les syndicats. En cas de crise, l’Etat va aider la création d’emplois dans les entreprises et ces aides ont un effet d’aubaine qui tend à disparaître lorsque le chômage est faible.
Le lien entre chômage et inactivité varie aussi en fonction du niveau d’emploi. En cas de chômage élevé, les jeunes ont tendance à rester inactifs et poursuivre des études et les femmes ont tendance à travailler dans des tâches domestiques sans se porter demandeur d’emplois, ce qui minimise d’autant le nombre des demandeurs d’emplois. Inversement, en période de croissance et de création d’emplois, ces publics se portent demandeurs d’emplois. Ce phénomène joue pour les emplois industriels qui concernent davantage les hommes et pour les emplois tertiaires qui concernent davantage les femmes. Les destructions d’emplois industriels créent un chômage pour les hommes âgés alors que les créations d’emplois dans le tertiaire poussent les femmes à demander du travail, ce qui accroît aussi le nombre de demandeurs d’emplois. Il n’en reste pas moins que vouloir rester dans des occupations domestiques non salariées signifie aujourd’hui se priver d’une source de revenus conséquents et restreindre son niveau de vie par rapport à un modèle de ménage constitué de deux emplois à temps plein et à durée indéterminée. » « Le chômage n’est pas un solde résultant de la détermination séparée du niveau de l’emploi et de celui de la population active ».     Jacques Freyssinet: le chômage, 10ème édition, avril 2002, collection Repères, La Découverte.
 
 
« L'effacement des frontières de l’emploi et du chômage
Tout individu peut, en principe être classé comme actif ou inactif. Parmi les actifs, la distinction entre détenteurs d'un emploi et chômeurs répond à des critères apparemment simples, issus de la définition internationale du BIT (Bureau international du travail). Mais la dégradation progressive depuis une vingtaine d'années de la situation sur le marché du travail et les mesures de promotion de l'emploi et de lutte contre le chômage qui l'ont accompagnée, ont conduit à l'apparition de situations individuelles nouvelles proches des frontières entre inactivité, emploi et chômage, ainsi que le montrent les « cercles » de J. Freyssinet. » Source : Economie, Alain Beitone, Christine Dollo, Emmanuel Buisson, Emmanuel Le Masson
 
Les difficultés multiples qu’il nous faut surmonter lorsque nous désirons établir des distinctions simples et claires entre les situations d’emploi, de chômage et d’inactivité, nous empêchent d’atteindre pleinement notre objectif. De plus, ces obstacles se répercutent sur notre capacité à concevoir, définir et mesurer le plein emploi. Nous tenterons de montrer cela dans de prochains articles.
 
Lire la suite ici :
 
Travail, Emploi et Chômage 1/4 : Qu’est-ce que le travail ?
 
Travail, Emploi et Chômage 2/4 : Qu’est-ce que l’emploi ?
 
Travail, Emploi et Chômage 3/4 : Qu’est-ce que le chômage ? (2/2)
 
Travail, Emploi et Chômage 4/4 : Qu’est-ce que le chômage ? (1/2)
 
A consulter :
 
 
 
 
 
 
 
Lettre de L’Ofce, N°286 - 11/06/2007
 
 
clair & net@ofce
Une e-contribution des chercheurs de l'OFCE aux débats économiques et sociaux
 « Chômage : en attendant l’Insee », 13 février 2007
Matthieu Lemoine                                                                                        
Avec le report à l’automne prochain des résultats de l’enquête emploi, la seule source pertinente pour mesurer le chômage, une polémique a enflé sur la réalité de sa baisse...                                                                   Lire la suite>>
 
Jacques Freyssinet, « Note Lasaire »,
« Controverses sur les chiffres du chômage »février 2007
 
Eric Maurin
« Chômage : sueurs et contorsions au Conseil de la Statistique »
 
 
A consulter :
 
CERC Le Conseil de l'emploi, des revenus et de la cohésion sociale
 
Le Cercle des économistes
 
CEREQ Centre d'études et de recherches sur les qualifications
 
CES Conseil économique et social
 
DARES Direction de l'animation et de la recherche des études et des statistiques
 
INSEE Institut National de la Statistique et des Études Économiques
 
IDE Institut de l'entreprise
 
IRES Institut de Recherches Economiques et Sociales
Published by David MOUREY - dans Emploi et chômage
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