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  • David Mourey
  • Professeur d'Economie et de Sociologie

Depuis 2005, Organisation et Animation :
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Débats Publics
Colloques d'Economie, Monnaie, Finance ...
au SENAT, Banque de France, ..., Pontault-Combault
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Depuis 2005 !!!

Les « Rencontres économiques » pour tous, lycéens, étudiants, citoyens !

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Les « Rencontres économiques » pour tous, lycéens, étudiants, citoyens !

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Des Initiatives de David MOUREY

27 octobre 2007 6 27 /10 /octobre /2007 14:42
 
Chaque année, au moment de la remise du Prix Nobel d’économie, c’est le même refrain qui nous est « chanté » par ceux qui prétendent nous proposer des explications économiques objectives, à distance de la "faible science" économique et des idéologies.
 
Le « Prix Nobel » d'économie n'existe pas. La "science économique" n’est pas une science. Un économiste ne peut être récompensé au même titre qu’un physicien. Le label "Nobel" ne peut s’appliquer ni à l’économie, ni aux économistes. Il faut cesser de tromper les gens et de trahir la mémoire d’Alfred Nobel.
 
Analyse économique ou idéologie économique ?
 
S’appuyant sur les déclarations du professeur André Babeau « On n'est déjà pas certain que toute subjectivité soit absente des sciences exactes ; s'agissant des sciences sociales et de l'économie en particulier, on est en revanche sûr que l'idéologie, d'où qu'elle vienne, est au point de départ de beaucoup de travaux, même parmi les plus célébrés. » et du professeur Dani Rodrik, qui n'hésite pas à affirmer que « les différences entre économistes sur la mondialisation ne sont pas le produit de modèles économiques différents ou de lectures différentes des informations empiriques ». Elles proviennent, explique-t-il, « de leurs différents rapports à l'éthique et de leurs préférences politiques », Christian Chavagneux rédacteur en chef adjoint du mensuel « Alternatives économiques » nous explique que ce que nous racontent les économistes n’a rien ou presque de scientifique et que la science économique masque une discipline profondément idéologique. Que l'idéologie soit présente, de manière latente, est une chose, mais que la science économique ne soit qu'idéologie en est une autre.
 
On retrouve ce type de critiques chez Bernard MARIS (Oncle Bernard dans Charly Hebdo), Jean-Marie HARRIBEY (conseil scientifique d’ATTAC), … qui sont économistes et se présentent en tant qu'économistes.
 
En plein paradoxe 
 
L’économie, c’est nul….  mais je ne peux m’en passer
pour tenter d’expliquer objectivement ce que j’observe !
 
Pourtant, et sauf erreur de ma part, toutes ces personnes n’hésitent pas à utiliser tous leurs savoirs en « sciences économiques » pour donner du poids à leur argumentation. Ils sont tous docteur en science économique. Cherchez l’erreur….
 
N’est-il pas plus que paradoxal, de se référer à la rigueur du raisonnement scientifique en économie et simultanément, de disqualifier la science économique en discipline "strictement" idéologique ?
 
De l’art de se tirer des balles dans le pied
 
Comment expliquer l’économie sans faire d’économie, sans s’appuyer sur la production de connaissances économiques par les économistes ?
  
Science, idéologie et …. SES,
ou sciences économiques et sociales
 
Cette position du rédacteur en chef adjoint du mensuel « Alternatives économiques » n’est pas sans me rappeler une récente publication dans ce mensuel, laquelle bien loin d’atteindre son objectif en matière de défense de notre belle discipline (SES), ne fait, me semble-t-il que jeter le discrédit sur celle-ci.
 
Et cela me dérange car cet enseignement de SES (de sciences économiques et sociales) est régulièrement remis en question sur la base de critiques trop souvent idéologiques. Malheureusement,  les réponses apportées relèvent non moins souvent de la même logique. Or, apporter une réponse idéologique à une "attaque" supposée idéologique ne me semble pas trés constructif.
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Une défense inadaptée des SES
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On ne répond pas à un "mauvais procés fait aux SES", par une "mauvaise défense des SES". Ainsi, affirmer ce qui est affirmé ci-dessous est de mon point de vue destructeur, même si la volonté de l'auteur est plutôt de défendre avec rigueur et honnêteté intellectuelle cette discipline. J'imagine fort bien que cet "écart de langage" était bien involontaire.... et qu'il ne correspond pas à ce que l'auteur de ces lignes a voulu exprimer. Il reste que c'est ce qui a été publié.
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Dans un numéro récent du mensuel « Alternatives économiques », on peut lire la déclaration suivante de Philippe Frémeaux, directeur de publication page 44 dans un article intitulé « Mauvais procès au bac ES » :

« Certes, les enseignants de sciences économiques et sociales décrivent le monde tel qu'il est et non tel que certains voudraient qu'il soit, et on peut comprendre que d'aucuns s'en agacent. » Philippe Frémeaux fait référence au « monde patronal qui critique les SES au nom de l'image négative de l'entreprise qu'elle dispenserait auprès des jeunes. »
,
 
Cette affirmation de Philippe Frémeaux est stupéfiante. Nous, professeurs de SES, aurions la capacité de décrire le monde tel qu'il est en toute objectivité donc et non tel que certains voudraient qu'il soit.
Je devrais m'en satisfaire et même m'en glorifier en tant que professeur de SES. Mais tel n'est pas le cas. Je ne peux avoir une telle prétention.
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La Thèorie de Tout (?)
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Dans une telle perspective, les fondateurs de cette discipline scolaire (à la fin des années 60 ) auraient trouvé une sorte d’explication ultime, une « théorie du tout social » dans la mesure ou nous (professeurs de SES) parvenons à croiser les regards disciplinaires de telle manière que les seules critiques qui puissent nous être opposées ne peuvent être que de nature idéologique. Qu'ils aient cherché à construire une discipline novatrice dans son approche multidisciplinaires des questions économiques et sociales, ne fait aucun doute, et c'est même avec un certain succés qu'ils ont produit les SES. Mais je ne crois pas qi'ils aient prétendu nous donner la capacité de décrire le monde tel qu'il est. Car dans un tel cas, que font les autres, ceux qui ne font pas de SES ? Ceux qui ne font que de la science économique ou que de la sociologie ? 
 
Dans cette hypothèse, comment pourrions nous parvenir à un tel "réalisme"?

Tout simplement, en combinant avec harmonie (et rigueur) un croisement des regards disciplinaires et une pédagogie inductive. 

 
Malheureusement les choses ne sont pas aussi simples que semble le penser Philippe Frémeaux, si l'on s'en tient à cette phrase choc.

D’une part, nous n’avons pas la caution scientifique suffisante et d’autre part notre enseignement présenterait un caractère trop abstrait pour les acteurs de l'économie et de la société. Exemple :
 
Les réserves de Jean-Paul Fitoussi
 
Selon Jean-Paul Fitoussi, président de l’OFCE et l’un des économistes français les plus respecté dans le monde, dans une interview publiée il y a quelques années dans « Le Monde l’éducation » et conformément à ce qu’il a écrit dans un rapport intitulé « L’enseignement supérieur des sciences économiques en question », « Les sciences économiques et sociales enseignées au lycée constituent un concept flou. On va y enseigner simultanément l’économie et la sociologie alors que les élèves ne connaissent ni les concepts d’économie et ni ceux de sociologie. Ce type de contenu peut produire de magnifiques cours mais aussi donner lieu à des simplifications abusives. On transmet aux lycéens l’illusion d’un savoir et cela engendre une très grande déception lors de leur passage dans l’enseignement supérieur. ».
 
Je suis professeur de SES, j'aime ma discipline et j'aime l'enseigner à mes élèves, et pourtant je partage ce point de vue de Jean-Paul Fitoussi. L’économie est une science de débat et « Il faut être capable d’accepter l’incertitude de la connaissance, cela nécessite une certaine maturité. »
 
Le mélange économie et sociologie, au lycée, rend cette incertitude encore plus grande. En conséquence, « ce type de contenu peut produire de magnifiques cours mais aussi donner lieu à des simplifications abusives », à distance d'une grande rigueur.

N’oublions pas que nous enseignons à des élèves, c'est-à-dire des personnes très jeunes. Pouvons-nous, dés lors, échapper à des approximations inévitables malgré toutes les précautions en termes de rigueur que nous pouvons prendre dans le cadre des contenus et des méthodes en vigueur ?

C'est dans ces incertitudes et ces approximations inévitables que vient se loger l'idéologie. En avoir conscience est le meilleur moyen d'en réduire les effets, si ce n'est de l'éviter.
 
On peut en déduire que si Jean-Paul Fitoussi a bien mis en évidence les limites de cet enseignement de SES sans pour autant le rejeter, en revanche, Philippe Frémeaux semble se contenter de défendre un enseignement dont la description de l’économie et de la société serait assez conforme à ce qu’il propose dans son journal. Mais dans ce cas de figure, il ne faut guère s'étonner des critiques dites idéologiques provenant du camp d'en face.
 
De l’objectivité miraculeuse du croisement des regards
 
En résumé, certains journalistes d’Alternatives économiques et les professeurs de SES auraient une capacité d’objectivité dans les explications formulées sur le fonctionnement de l’économie et de la société que n’ont pas les économistes, ni les sociologues. Le secret tiendrait dans un croisement des regards qui, porté par le miracle des effets d’un précipité culturel, compenserait les limites scientifiques des disciplines considérées isolément pour aboutir à un enseignement et des explications faibles idéologie.

Ce discours est inaudible.
Je demande qu'on m'explique en quoi ce qu’on nous raconte, dans Alternatives économiques, peut être considéré comme plus crédible, plus rigoureux, que ce que nous disent les économistes, dont les Prix Nobel d’économie ?
Quels sont les savoirs de référence en économie pour les professeurs de SES et les journalistes?

De surcroit, si l'économie n'est pas une science, que penser des sciences économiques et sociales ?
 
Il ne faut pas jeter le bébé avec l’eau du bain !!!...
 
De deux choses l’une, soit on considère que l’économie est une discipline profondément idéologique et on ne peut donc prétendre offrir des explications neutres sur l’économie et la société, soit on admet que l’économie est une discipline scientifique avec ses problèmes et ses difficultés comme toute science, on admet que les économistes peuvent chercher à être aussi neutres qu’il soit possible de l’être, et on peut s’en servir pour étayer ses démonstrations. Tout n'est pas qu'idéologie en économie !
 
A suivre ….
 
A consulter :
 
Le Blog de Christian Chavagneux
 
L'économie, une science très discutée
 
Le Blog de Bernard MARIS
 
Le Blog de Jean-Marie HARRIBEY
 

commentaires

Hervé 26/01/2008 15:43

La SES comprend 2 volets :
La description d’une réalité complexe à partir de concepts. Cette observation du réel est quasi  scientifique car indépendante de l’observateur  et réalisée selon des  protocoles définis.
L’autre volet, c’est l’explication et son corollaire, la prédiction. Sur ce plan ne pouvant expérimenter avec la même rigueur que dans les sciences exactes, l’économiste ne peut être considéré comme un  scientifique. On lui demandera d’afficher au mieux  tous les présupposés qui l’aident à construire son raisonnement.

Thierry Brault 27/10/2007 22:00

je pense et je me permets de dire, après des études universitaires tardives en économie, que l'enseignement de l'économie au Lycée doit relever de la haute voltige en raison des difficultés inhérentes à la discipline enseignée et du manque de maturité des élèves.
l'économie à l'université hésite entre les Ecoles, ne pouvant bien entendu pas prendre parti. mais il faudrait peut-être  choisir un enseignement de base en licence, les gammes en quelque sorte, et aborder en Master sous forme de débats les aspects  contradictoires.
le journal cité dans l'article pousse le bouchon trop loin dans le sens qui lui convient et je ne l'achète plus.
 

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