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  • David Mourey
  • Professeur d'Economie et de Sociologie

Depuis 2005, Organisation et Animation :
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Débats Publics
Colloques d'Economie, Monnaie, Finance ...
au SENAT, Banque de France, ..., Pontault-Combault
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Des Initiatives de David MOUREY

28 décembre 2007 5 28 /12 /décembre /2007 18:12
 
Dans un rapport récent du Conseil d’Analyse Économique, « Mondialisation : les atouts de la France », rapport n°71, publié il y a quelques mois, six contributions de Philippe Aghion, Patrick Artus, Daniel Cohen, Élie Cohen, Lionel Fontagné, Thierry Madiès et Thierry Verdier, tentent de mettre en évidence les atouts de la France dans le cadre du processus de mondialisation et les bénéfices qu’elle peut, pourrait,  en tirer.
 
Comme le rappelle Christian de Boissieu, Président délégué du Conseil d’analyse économique, dans une courte introduction, « Mettre le projecteur sur les atouts de l’ouverture et de la mondialisation ne signifie pas que l’on néglige les défis et certains coûts, les uns temporaires d’autres permanents, de la mondialisation mais puisque les débats franco-français privilégient souvent ces défis et ces coûts, il n’était pas inutile d’aborder, pour une fois, les avantages de l’ouverture et les atouts de la France. »
 
L’intérêt de ce court rapport, de 90 pages seulement, réside bien dans cette volonté de faire une brève présentation de la situation de la France au regard de la mondialisation économique, de ses points forts et des avantages qu’elle peut et/ou pourrait en tirer.
 
En fait, si la France a intérêt à participer aux échanges internationaux, elle semble ne pas profiter autant de la mondialisation qu’elle le pourrait.
 
Dans une première contribution, « Atouts et défis de la France dans la mondialisation », Philippe Aghion et Élie Cohen partent du constat suivant : « Depuis plusieurs années la France perd des parts de marché au niveau mondial au profit d’autres pays industrialisés, notamment l’Allemagne, et elle croît également moins vite que plusieurs autres pays de l’OCDE. »
 
Pour eux, cette tendance « n’est pas inexorable car la France dispose d’atouts dans la mondialisation ».
 
Pour Patrick Artus,  directeur du Service économique de NATIXIS, dans une contribution intitulée « Quels atouts pour la France dans la mondialisation ? »,   à partir d’une comparaison des évolutions des exportations des différents produits, des services et de la production domestique entre la France, l’Allemagne, le Royaume-Uni, l’Italie et la Suède, on peut déterminer les biens pour lesquels il existe une spécialisation favorable.
 
Evolution des exportations
 
Selon Patrick Artus, de 1996 à 2004, l’évolution des exportations de 22 produits (pour les cinq pays étudiés), montre que la progression est forte en France pour 6 produits sur 22 : le matériel agricole, les télécommunications, les automobiles, l’énergie, l’armement, la pharmacie. Elle est faible (voire négative) pour l’informatique, l’électroménager, les navires...
 
L’Allemagne présente des exportations en croissance forte pour 14 produits sur 22 : l’électronique, l’informatique, le matériel électrique, le matériel de télécommunication, les automobiles, les moteurs, l’énergie, le ciment, le verre, les machines outils, les navires, l’aéronautique et l’espace, l’agroalimentaire, la pharmacie (14 produits).
 
Evolution des productions de biens
 
Toujours entre 1996 et 2006, la croissance de la production industrielle en France est forte pour l’automobile et les équipements mécaniques. La France est surtout spécialisée dans quatre secteurs : l’automobile, la pharmacie, l’armement, le matériel agricole. La perte de production est importante pour l’habillement, le textile, l’électroménager, l’informatique et  l’électronique. La position de l’agroalimentaire est fragile.
 
La perte de parts de marché pour les produits haut de gamme dont les marchés croissent rapidement, comme l’informatique, l’électronique, les services échangeables, et les risques qui pèsent sur certains secteurs forts tels que l’automobile et le matériel agricole, posent un réel problème pour l’avenir.
 
Cette situation est d’autant plus particulière qu’en France les PME sont en croissance faible et restent de petite taille. Les PME éprouvent de grandes difficultés à devenir des gazelles. En revanche, les grands groupes sont souvent leaders mondiaux. On peut en déduire qu’il faudrait créer un environnement fiscal, réglementaire, et un fonctionnement du marché du travail, plus stables et favorables au développement des activités de ces grands groupes.
 
L’Allemagne présente, en revanche, une progression relativement forte de la production dans les secteurs de l’automobile, les équipements mécaniques et électriques, la métallurgie, l’informatique.
 
Les seules positions fortes du Royaume-Uni semblent être la pharmacie et les navires, de l’Italie, le matériel électrique, la sidérurgie, l’agroalimentaire, l’Allemagne et la Suède ont de nombreux points forts.
 
Evolution des échanges de services
 
En ce qui concerne les échanges de services enfin, on peut observer une dégradation de la position de la France, depuis 2001, y compris pour le tourisme. Le Royaume-Uni et la Suède ont des exportations de services très importantes.
 
En résumé, la France présente des spécialisations efficaces dans peu de secteurs, alors que l’Allemagne et la Suède ont beaucoup plus de secteurs forts et elle est en recul relatif dans les secteurs liés aux nouvelles technologies. Dans quelques secteurs clés, comme les transports, l’aéronautique et l’énergie, la France a (partiellement) réussi à se maintenir sa compétitivité. Mais dans d’autre secteurs d’avenir, car ayant un fort potentiel de croissance, comme le secteur des technologies de l’information et de la communication (TIC), et celui des son avantage comparatif s’est réduit comme une peau de chagrin. Cela s’est fait au profit de pays comme l’Inde et les Etats-Unis pour les TIC et au profit des États-Unis et du Royaume-Uni biotechnologies.
 
 
Les atouts de la France : facteurs de production et infrastructures
 
Les points forts de la France, en ce qui concerne les facteurs de production et l’attractivité semblent être, entre autres, le niveau élevé d’éducation de la population et la proportion élevée de diplômés dans les matières scientifiques. La France dispose donc d’un stock de capital humain de grande qualité. La qualité de la main d’œuvre, savoir et savoir-faire, celle de ses ingénieurs et techniciens, de ses chercheurs notamment dans les sciences (mathématiques, physique, chimie, médecine, biologie) ne sont plus à démontrer.
 
En France, les infrastructures publiques (transports, énergie) restent très favorables à l’attractivité du territoire.
 
D’un point de vue macroéconomique, une demande intérieure plus forte que dans d’autres pays européens.
 
Pourquoi ce déclin relatif ?
 
Plusieurs types d’explications complémentaires peuvent être avancées pour expliquer de déclin relatif de la France. Les points faibles de la France se trouvent dans les domaines suivants : innovations, R&D, système de financement, marchés trop rigides, environnement macroéconomique source d’incertitudes et donc peu porteur …
 
Un effort insuffisant d’innovation et d’investissement
 en nouvelles technologies
 
Des choix industriels conduisant à un sous-investissement en R&D et donc à un retard technologique, un manque de synergie entre recherche et innovation, la persistance de carences en matière de concurrence sur les différents marchés (du travail et des biens et services). Ces carences sont liées aux difficultés en matière de financement de l’activité économique en raison d’un système de financement quelque peu obsolète et une gestion macroéconomique peu propice à l’investissement et à l’innovation.  
 
Sous-investissement en R&D et … retard technologique
 
Plus précisément, les choix de spécialisations industrielles de la France l’ont conduit à abandonner le haut de gamme dans différents secteurs, ce qui est illustré par la faiblesse de ses investissements en R&D dans ces secteurs par comparaison avec les mêmes secteurs aux États-Unis et dans d’autres pays de l’OCDE. C’est bien sa moindre capacité à investir et ainsi se maintenir dans le haut de gamme qui explique l’échec relatif de l’industrie en France par rapport à l’Allemagne, en particulier.
 
« Plus industrialisée que le Royaume-Uni, la France a davantage souffert du mouvement général de déclin de l’industrie au profit du secteur tertiaire, des services. Cela est surtout visible dans le secteur des services financiers. »
 
Enfin, la France n’a pas su répondre suffisamment à l’accélération de la demande provenant des pays asiatiques à croissance durablement soutenue, en particulier en Chine et en Inde, car ses exportations demeurent largement confinées à ses marchés traditionnels notamment européens.
 
Manque de synergie entre recherche et innovation
 
Philippe Aghion et Élie Cohen rappellent le manque d’investissement dans l’enseignement supérieur, et dans les universités qui souffrent d’un manque d’autonomie et de concurrence, à la fois dans le choix de leurs professeurs et dans la sélection des étudiants. La France souffre, en outre, « de l’absence de synergies entre recherche fondamentale et recherche industrielle. Il existe trop peu de « venture capitalists », de « business angels » (600 seulement en France contre près de 60 000 au Royaume-Uni), et les auteurs insistent sur la faiblesse de structures d’interaction entre chercheurs universitaires, entreprises innovantes et juristes commerciaux. »
 
Un système de financement de l’économie insuffisamment modernisé
 
« Un système financier (banque, marchés boursiers, venture capitalists…) encore trop sous-développé et par conséquent inapte a financer des activités plus innovantes au sein des entreprises existantes et à favoriser pleinement l’entrée et la croissance de nouvelles firmes. Les contraintes financières des entreprises individuelles sont mesurées par leur aptitude à obtenir des crédits bancaires, laquelle dépend à son tour de la mesure dans laquelle l’entreprise a su honorer ses créances commerciales dans le passé. »
 
Persistance de carences en matière de concurrence
sur les différents marchés
 
Un marché du travail et un marché des produits encore trop rigides
 
Certaines règles de fonctionnement sur le marché du travail et le coût du travail sont défavorables à l’emploi et à la dynamique économique. Il en est ainsi en ce qui concerne « le niveau élevé du coin fiscal (tax wedge, taxation totale du travail) »
 
La forte proportion de chômeurs de longue durée (12 mois et plus) montre l’inefficacité apparente des agences du marché du travail. De surcroît,  la faible durée du travail sur la vie en France reste pénalisante en matière d’activité et de PIB par habitant.
 
Une gestion macroéconomique peu propice
à l’investissement et à l’innovation
 
Une dette publique excessive et des politiques macroéconomiques (fiscales et monétaires) insuffisamment contra-cycliques, donc trop pro-cycliques, n’aident pas les entreprises suffisamment en périodes de récessions et par conséquent ne les incitent pas à s’engager dans des investissements tels que la R&D qui nécessitent d’être maintenus dans le long terme pour être profitables. « Selon des données de panel intra-firme, les dépenses en R&D par les firmes plus contraintes financièrement, sont davantage procycliques, et en particulier sont davantage sacrifiées en période de récession, ce qui se traduit par un niveau inférieur des dépenses moyennes de R&D le long du cycle. »
 
La combinaison d’un sous investissement en R&D (un retard technologique), de rigidités sur les marchés du travail et marché des produits et d’une gestion macroéconomique peu propice à l’investissement et à l’innovation aurait un impact négatif significatif sur la croissance potentielle de la France..
 
 
Que faire pour mieux profiter des avantages potentiels
 de la mondialisation ?
 
De manière générale, la combinaison harmonieuse des principaux leviers (évoqués ci-dessus) de la croissance est seule susceptible d’augmenter durablement le potentiel de la croissance économique française.
 
Pour Patrick Artus, la perte de parts de marché de la France pour la production des biens innovants (informatique, électronique, machines…) et la faiblesse de l’activité d’innovation, peuvent être compensées en mettant en place un environnement favorable au développement en France des activités des grands groupes. ,
 
Philippe Aghion et Élie Cohen proposent de combiner des politiques transversales de type top-down (ou ciblées), orientées vers une meilleure utilisation de nos ressources et des politiques colbertistes traditionnelles, de type bottom-up (ou non ciblées), dans les activités où les coûts fixes sont importants et où la coordination entre plusieurs agents est nécessaire.
 
Du modèle « top down » …
 
« Au cours des Trente glorieuses la France a défendu un modèle colbertiste de politique industrielle, où les aides de l’État servaient de levier principal au progrès technique et où tout procédait de manière top down. Ce sont ces types d’intervention de l’État qui ont favorisé l’émergence de positions dominantes dans les secteurs de transports, de l’armement, de l’énergie notamment nucléaire, des services informatiques et les télécommunications.
 
« Les politiques colbertistes, de type top-down, se justifient dans les activités où les coûts fixes sont importants et où la coordination entre plusieurs agents est nécessaire (transports armements), et dans les secteurs stratégiques où notre pays doit se rapprocher de la frontière technologique, sans que cela porte atteinte à la concurrence (énergie, santé, biotechnologie). »
 
Lorsque les coûts fixes sont élevés, on parle de sunk costs. Certaines activités exigent la coordination entre plusieurs agents économiques quand elles sont génératrices d’externalités. Ces spécificités sont observables dans le secteur des transports, des armements, de l’énergie (avec maintenant la priorité donnée aux énergies qui économisent en émission de CO2) et à celui de la santé et des biotechnologies.
 
« L’intervention top-down doit permettre à ces trois secteurs de se rapprocher de la frontière technologique mondiale, sans pour autant porter atteinte à la concurrence qui est elle-même génératrice d’innovations et de croissance économique. »
 
Cependant, le modèle d’intervention Top Down, ne peut être préservé tel quel dans un contexte d’ouverture économique croissante dans le cadre de la mondialisation et de l’intégration économique européenne (marché unique européen et libéralisation des mouvements de capitaux) et dans un environnement économique ou l’innovation est devenue le principal moteur de la croissance effective et potentielle.
 
… au modèle « bottom-up »
 
«Les politiques bottom-up (ou non ciblées) impliquent « davantage d’investissement dans la recherche fondamentale et l’enseignement supérieur et une réorganisation de notre système universitaire ; un gros effort dans le développement du secteur financier avec en particulier le développement du capital-risque, des incubateurs et des business angels pour faciliter l’interface entre recherche fondamentale et applications industrielles ; ouverture maximale du capital à l’investissement étranger direct ; une flexibilisation des marchés du travail et des produits, accompagnée de politiques macroéconomiques plus contra-cycliques et d’une réduction de la dette publique ; une réforme fiscale qui encourage l’investissement tout en permettant de contenir la dette publique et en même temps de financer l’éducation supérieure et la mise en œuvre des réformes structurelles, notamment la flexibilisation du marché du travail. »
 
In fine, pour des raisons d’efficacité, il convient d’articuler bottom-up et top down, c'est-à-dire des politiques non ciblées et des interventions industrielles ciblées. 
 
A consulter :
 
 .
Le rapport du Conseil d’Analyse Économique
.
 
Liste des contributions du rapport du Conseil d’Analyse Économique,
« Mondialisation : les atouts de la France », rapport n°71, rapport n°71
 
1. Atouts et défis de la France dans la mondialisation
Philippe Aghion et Élie Cohen
 
2. Quels atouts pour la France dans la mondialisation ?
Patrick Artus
 
3. La mondialisation immatérielle : synthèse
Daniel Cohen et Thierry Verdier
 
4. Les atouts de la France dans la mondialisation et la tentation protectionniste
Élie Cohen
 
5. Les atouts de la France dans la mondialisation
Lionel Fontagné
 
6. La France dans la concurrence mondiale :quels atouts pour quelle politique économique ?
Thierry Madiès
.
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Published by David MOUREY - dans Mondialisation
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