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David MOUREY
Pontault-Combault (77340)
  Professeur de Sciences Economiques et Sociales

 
La démocratie exige le débat
 
L’objectif de ce blog est de tenter de valoriser le débat et la démocratie. Certes, l’objectif est ambitieux mais l’ampleur de l’enjeu ne doit pas nous conduire à la résignation. Nous devons nous en donner les moyens.
   
Voir l'article :   "De l’importance du débat dans une démocratie moderne"
   
« J’apprends beaucoup des gens avec qui je suis en désaccord,
j’apprends très peu des gens avec qui je suis d’emblée en accord.
C’est normal car être en désaccord implique de comprendre
la nature, la valeur, la profondeur de l’argument
qui est utilisé dans le débat. »
.
   CONFERENCE DE JEAN-PAUL FITOUSSI, Mercredi 20 avril 2005
.
Vendredi 25 avril 2008
par David Mourey publié dans : Mondialisation

 

Vous lirez ci-dessous, quelques extraits d'un article publié dans le Monde par Françoise Lemoine, chercheuse au Centre d'études prospectives et d'informations internationales (CEPII).

L'intérêt de ce texte court est de nous conduire à reconsidérer et à relativiser l'ampleur de la place occupée par l''économie de la Chine dans l'économie mondiale.

"La Chine s'est hissée au rang de deuxième exportateur et de troisième importateur mondial. Son offre massive de biens de consommation produits à bas coût (vêtements, électronique grand public, électroménager) a poussé les prix mondiaux à la baisse. (...)

Plus récemment, elle est devenue aussi un des principaux importateurs mondiaux de matières premières industrielles (minerais et métaux) et le troisième importateur de pétrole ; l'essor de sa demande a contribué à la hausse des cours mondiaux. (...)

Le ralentissement économique qui se profile aux Etats-Unis fait surgir l'idée que les économies émergentes, au premier rang desquelles la Chine, pourraient prendre le relais des pays riches comme moteur de la croissance mondiale. (...) Si l'activité se ralentit dans les économies développées, la contribution de ces grands pays émergents à la croissance globale va s'amplifier. (...)

Mais la question du "découplage" entre les différents pôles de l'économie mondiale mérite une réponse nuancée. La croissance économique de la Chine est en effet devenue ces dernières années plus dépendante de la conjoncture mondiale. (...)

L'économie chinoise est donc affectée par la détérioration de la conjoncture mondiale, mais sa croissance reste rapide car elle a ses propres moteurs internes.

Pourra-t-elle pour autant tirer celle du reste du monde ?

A court terme, la réponse est négative. (...)

Pour que la croissance asiatique (...) exerce un effet d'entraînement sur le reste du monde, il faudra qu'elle fasse la part plus belle à la consommation intérieure, et moins belle à l'exportation."

 

Lire la suite ici :  Le Monde.fr : L'impact de la Chine sur l'économie mondiale ne doit ...

LE MONDE ECONOMIE, le 21 avril 2008
.

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Vendredi 1 février 2008
par David MOUREY publié dans : Mondialisation

 

 
Dans un commentaire du billet suivant, Krack Boursier, Crise financière : ce que les investisseurs semblent ignorer, , Malakine (site web), n’est pas convaincu par l’argument de l’auteur selon lequel, il n'y aura pas récession car les USA vont exporter en Chine et dans les pays exportateurs. Il ajoute qu’il « n'y a qu'un élément qui pourrait permettre cela, c'est un effondrement du dollar. Or si le dollar s'effondre, certes, ils pourront exporter plus facilement (sous réserve qu'ils aient encore des productions à exporter), mais leurs importations seront plus chères, ce qui ralentira encore leur économie qui fonctionne à la consommation. »
 
C’est dans une note récente, FLASH NATIXIS, «Exporter vers les émergents : condition indispensable pour conserver la croissance », Patrick ARTUS, 17 janvier 2008, que je trouve des éléments de réponse apportés par patrick ARTUS aux questions de Malakine.
 
Cela étant, j’essaierai de vérifier par ailleurs, à partir d’autres sources, ce qu’il en est de l’hypothèse avancée par le directeur des études économiques chez Natixis.
 
« Plusieurs facteurs vont durablement affaiblir les demandes intérieures des grands pays de l’OCDE : freinage de l’endettement des ménages et fin du cycle immobilier (Etats-Unis et Europe hors Allemagne) ; hausse des prix des matières premières ; faiblesse des hausses de salaire (surtout Allemagne, Japon) ; hausse des coûts de financement. Pour compenser cet affaiblissement de la demande intérieure, les grands pays de l’OCDE disposent essentiellement d’une piste : avoir des exportations en croissance rapide vers les pays émergents et exportateurs de matières premières, ce qui nécessite de disposer de l’offre de biens adaptée et d’une monnaie qui se déprécie vis-à-vis des devises des émergents, ce qui sera le cas pour le dollar, pour le yen et probablement pour la livre sterling mais pas pour l’euro. »
 
Le soutien de la croissance passe les émergents
 
Aujourd’hui, selon les cas, les exportations vers les émergents et exportations de matières ajoutent de ½ point à 2 points ½ à la croissance des grands pays de l’OCDE. Les pays les plus grands bénéficiaires de ces exportations dans le futur devraient être le Japon et l’Allemagne. Les exportations vers les pays émergents et exportateurs de matières premières croissent partout très rapidement. Compte tenu de leur poids, leur contribution annuelle à la croissance est de, 2,4 points en Allemagne, 1,2 point en Italie, 0,9 point en France, (1,5 point dans la zone euro), 1 point au Japon, 0,8 point en Espagne, 0,4 point aux Etats-Unis, 0,4 point au Royaume-Uni. Donc, les exportations vers les pays émergents et les pays exportateurs de matières premières apportent un supplément important de croissance à certains pays plus qu’à d’autres.
 
Compte tenu de la progression de leur demande intérieure, les pays émergents et exportateurs de matières premières ont aussi des importations en croissance très rapide, d’où la progression rapide des exportations des pays de l’OCDE vers ces pays. Mais, certains pays profitent plus que d’autres, de la croissance de leurs exportations vers les émergents : c’est le cas de l’Allemagne en particulier.
 
Pour qu’un pays de l’OCDE puisse avoir des exportations importantes vers les pays émergents et exportateurs de matières premières, indispensable avec le freinage de la demande intérieure, il faut  qu’il dispose de l’offre de biens adaptée et que sa devise ne s’apprécie pas vis-à-vis des monnaies des émergents.
 
Structure par produits des exportations
des pays de l’OCDE en 2005
 
Quand on examine l’évolution des exportations, la contribution du commerce extérieur à la croissance, la structure par produits des exportations, la balance commerciale pour les biens d’équipement, on voit que la spécialisation productive semble favorable aux exportations :
 
− au Japon et en l’Allemagne (croissance forte des exportations, rôle des biens d’équipement)
 
mais
 
− pas en Espagne, en France, au Royaume-Uni et aux Etats-Unis (contribution négative du commerce à la croissance et absence d’excédent pour les biens d’équipement).
 
Ceci correspond à la performance à l’exportation vers les émergents.
 
Tableau : Structure par produits des exportations (2005)
 

 

En % du total
Etats-Unis
France
Allemagne
Italie
Royaume Uni
Espagne
Japon
Agro-alimentaire
3,5
2,6
0,5
1,2
0,5
5,6
0,02
Biens intermédiaires hors énergie
23,3
21,2
23,0
26,3
16,1
20,6
25,1
Energie
3,3
4,1
2,1
3,5
9,5
4,4
0,7
Biens d'équipement
31,6
23,1
26,2
21,2
26,0
15,3
30,8
Biens de consommation
14,6
27,1
23,7
21,3
22,9
29,9
25,1
Autres
23,7
21,9
24,4
26,5
25,1
24,2
18,2
Source: CHELEM
 
L’évolution du taux de change du Dollar, de l’Euro et de la Livre sterling vis-à-vis des monnaies des pays émergents
 
Les variations du taux de change permettent également d’expliquer la croissance des exportations vers les pays émergents.
 
Depuis 2005, l’euro et la livre sterling se sont appréciés vis-à-vis des monnaies des économies émergentes, (Chine, Emergents d’Asie, Amérique Latine, PECO, Russie et Inde), ce qui a ralenti la croissance des exportations vers les émergents (et producteurs de matières premières) du Royaume-Uni, mais pas (encore) de la zone euro.
 
Aux Etats-Unis, on n’observe pas de remontée du taux d’épargne des ménages malgré les crises financières ; le déficit extérieur subsiste donc, et devient plus difficile à financer avec l’arrêt des achats d’ABS construits aux Etats-Unis par le Reste du Monde (perceptible à travers l’évolution au 3ème trimestre 2007 des achats d’obligations d’entreprise qui incluent les ABS). Il est donc raisonnable d’attendre la poursuite de la dépréciation du dollar vis-à-vis des monnaies des émergents.
 
Au Royaume-Uni, l’appréciation de la livres sterling a été due au niveau élevé (relativement au dollar et à l’euro) des taux d’intérêt avec une croissance forte tirée par les services financiers, par la construction, par les effets de richesse immobilière. Le cycle de la construction se retourne au Royaume-Uni, les prix de l’immobilier commencent à ne plus augmenter, et la crise de 2007 va freiner les revenus générés par les services financiers. Puisque le Royaume-Uni a un déficit extérieur, malgré l’excédent des services, et que le freinage des moteurs de la croissance (la finance et l’immobilier) va conduire à des baisses de taux d’intérêt, il faut s’attendre à une dépréciation de la livre sterling vis-à-vis des monnaies des émergents.
 
Malgré le ralentissement économique, la zone euro devrait conserver une monnaie forte, en appréciation même vis-à-vis des devises des émergents, en raison du rôle croissant de monnaie de réserve internationale de l’euro. Le contraste entre le fait que la zone euro a un excédent de sa balance courante et le fait que les non résidents sont fortement acheteurs de titres en euros génère l’appréciation de l’euro.
 
Au Japon, après l’épisode de réappréciation qui a suivi la crise de l’été 2007, le yen devrait redevenir une monnaie faible. En effet, avec la baisse des salaires, la croissance ne venait au Japon que des exportations et des investissements liés, qui sont affectée par le ralentissement de l’économie américaine.
 
Dans la Zone Euro, les exportations vers les émergents vont ralentir en raison de l’appréciation de l’euro ; les Etats-Unis, le Royaume-Uni et le Japon devant avoir des monnaies faibles vis-à-vis des devises des émergents, mais cet effet de l’appréciation de l’euro ne se voit pas encore.
 
 
Source : FLASH NATIXIS, «Exporter vers les émergents : condition indispensable pour conserver la croissance », Patrick ARTUS, 17 janvier 2008,
.
 
 
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Vendredi 28 décembre 2007
par David MOUREY publié dans : Mondialisation
 
Dans un rapport récent du Conseil d’Analyse Économique, « Mondialisation : les atouts de la France », rapport n°71, publié il y a quelques mois, six contributions de Philippe Aghion, Patrick Artus, Daniel Cohen, Élie Cohen, Lionel Fontagné, Thierry Madiès et Thierry Verdier, tentent de mettre en évidence les atouts de la France dans le cadre du processus de mondialisation et les bénéfices qu’elle peut, pourrait,  en tirer.
 
Comme le rappelle Christian de Boissieu, Président délégué du Conseil d’analyse économique, dans une courte introduction, « Mettre le projecteur sur les atouts de l’ouverture et de la mondialisation ne signifie pas que l’on néglige les défis et certains coûts, les uns temporaires d’autres permanents, de la mondialisation mais puisque les débats franco-français privilégient souvent ces défis et ces coûts, il n’était pas inutile d’aborder, pour une fois, les avantages de l’ouverture et les atouts de la France. »
 
L’intérêt de ce court rapport, de 90 pages seulement, réside bien dans cette volonté de faire une brève présentation de la situation de la France au regard de la mondialisation économique, de ses points forts et des avantages qu’elle peut et/ou pourrait en tirer.
 
En fait, si la France a intérêt à participer aux échanges internationaux, elle semble ne pas profiter autant de la mondialisation qu’elle le pourrait.
 
Dans une première contribution, « Atouts et défis de la France dans la mondialisation », Philippe Aghion et Élie Cohen partent du constat suivant : « Depuis plusieurs années la France perd des parts de marché au niveau mondial au profit d’autres pays industrialisés, notamment l’Allemagne, et elle croît également moins vite que plusieurs autres pays de l’OCDE. »
 
Pour eux, cette tendance « n’est pas inexorable car la France dispose d’atouts dans la mondialisation ».
 
Pour Patrick Artus,  directeur du Service économique de NATIXIS, dans une contribution intitulée « Quels atouts pour la France dans la mondialisation ? »,   à partir d’une comparaison des évolutions des exportations des différents produits, des services et de la production domestique entre la France, l’Allemagne, le Royaume-Uni, l’Italie et la Suède, on peut déterminer les biens pour lesquels il existe une spécialisation favorable.
 
Evolution des exportations
 
Selon Patrick Artus, de 1996 à 2004, l’évolution des exportations de 22 produits (pour les cinq pays étudiés), montre que la progression est forte en France pour 6 produits sur 22 : le matériel agricole, les télécommunications, les automobiles, l’énergie, l’armement, la pharmacie. Elle est faible (voire négative) pour l’informatique, l’électroménager, les navires...
 
L’Allemagne présente des exportations en croissance forte pour 14 produits sur 22 : l’électronique, l’informatique, le matériel électrique, le matériel de télécommunication, les automobiles, les moteurs, l’énergie, le ciment, le verre, les machines outils, les navires, l’aéronautique et l’espace, l’agroalimentaire, la pharmacie (14 produits).
 
Evolution des productions de biens
 
Toujours entre 1996 et 2006, la croissance de la production industrielle en France est forte pour l’automobile et les équipements mécaniques. La France est surtout spécialisée dans quatre secteurs : l’automobile, la pharmacie, l’armement, le matériel agricole. La perte de production est importante pour l’habillement, le textile, l’électroménager, l’informatique et  l’électronique. La position de l’agroalimentaire est fragile.
 
La perte de parts de marché pour les produits haut de gamme dont les marchés croissent rapidement, comme l’informatique, l’électronique, les services échangeables, et les risques qui pèsent sur certains secteurs forts tels que l’automobile et le matériel agricole, posent un réel problème pour l’avenir.
 
Cette situation est d’autant plus particulière qu’en France les PME sont en croissance faible et restent de petite taille. Les PME éprouvent de grandes difficultés à devenir des gazelles. En revanche, les grands groupes sont souvent leaders mondiaux. On peut en déduire qu’il faudrait créer un environnement fiscal, réglementaire, et un fonctionnement du marché du travail, plus stables et favorables au développement des activités de ces grands groupes.
 
L’Allemagne présente, en revanche, une progression relativement forte de la production dans les secteurs de l’automobile, les équipements mécaniques et électriques, la métallurgie, l’informatique.
 
Les seules positions fortes du Royaume-Uni semblent être la pharmacie et les navires, de l’Italie, le matériel électrique, la sidérurgie, l’agroalimentaire, l’Allemagne et la Suède ont de nombreux points forts.
 
Evolution des échanges de services
 
En ce qui concerne les échanges de services enfin, on peut observer une dégradation de la position de la France, depuis 2001, y compris pour le tourisme. Le Royaume-Uni et la Suède ont des exportations de services très importantes.
 
En résumé, la France présente des spécialisations efficaces dans peu de secteurs, alors que l’Allemagne et la Suède ont beaucoup plus de secteurs forts et elle est en recul relatif dans les secteurs liés aux nouvelles technologies. Dans quelques secteurs clés, comme les transports, l’aéronautique et l’énergie, la France a (partiellement) réussi à se maintenir sa compétitivité. Mais dans d’autre secteurs d’avenir, car ayant un fort potentiel de croissance, comme le secteur des technologies de l’information et de la communication (TIC), et celui des son avantage comparatif s’est réduit comme une peau de chagrin. Cela s’est fait au profit de pays comme l’Inde et les Etats-Unis pour les TIC et au profit des États-Unis et du Royaume-Uni biotechnologies.
 
 
Les atouts de la France : facteurs de production et infrastructures
 
Les points forts de la France, en ce qui concerne les facteurs de production et l’attractivité semblent être, entre autres, le niveau élevé d’éducation de la population et la proportion élevée de diplômés dans les matières scientifiques. La France dispose donc d’un stock de capital humain de grande qualité. La qualité de la main d’œuvre, savoir et savoir-faire, celle de ses ingénieurs et techniciens, de ses chercheurs notamment dans les sciences (mathématiques, physique, chimie, médecine, biologie) ne sont plus à démontrer.
 
En France, les infrastructures publiques (transports, énergie) restent très favorables à l’attractivité du territoire.
 
D’un point de vue macroéconomique, une demande intérieure plus forte que dans d’autres pays européens.
 
Pourquoi ce déclin relatif ?
 
Plusieurs types d’explications complémentaires peuvent être avancées pour expliquer de déclin relatif de la France. Les points faibles de la France se trouvent dans les domaines suivants : innovations, R&D, système de financement, marchés trop rigides, environnement macroéconomique source d’incertitudes et donc peu porteur …
 
Un effort insuffisant d’innovation et d’investissement
 en nouvelles technologies
 
Des choix industriels conduisant à un sous-investissement en R&D et donc à un retard technologique, un manque de synergie entre recherche et innovation, la persistance de carences en matière de concurrence sur les différents marchés (du travail et des biens et services). Ces carences sont liées aux difficultés en matière de financement de l’activité économique en raison d’un système de financement quelque peu obsolète et une gestion macroéconomique peu propice à l’investissement et à l’innovation.  
 
Sous-investissement en R&D et … retard technologique
 
Plus précisément, les choix de spécialisations industrielles de la France l’ont conduit à abandonner le haut de gamme dans différents secteurs, ce qui est illustré par la faiblesse de ses investissements en R&D dans ces secteurs par comparaison avec les mêmes secteurs aux États-Unis et dans d’autres pays de l’OCDE. C’est bien sa moindre capacité à investir et ainsi se maintenir dans le haut de gamme qui explique l’échec relatif de l’industrie en France par rapport à l’Allemagne, en particulier.
 
« Plus industrialisée que le Royaume-Uni, la France a davantage souffert du mouvement général de déclin de l’industrie au profit du secteur tertiaire, des services. Cela est surtout visible dans le secteur des services financiers. »
 
Enfin, la France n’a pas su répondre suffisamment à l’accélération de la demande provenant des pays asiatiques à croissance durablement soutenue, en particulier en Chine et en Inde, car ses exportations demeurent largement confinées à ses marchés traditionnels notamment européens.
 
Manque de synergie entre recherche et innovation
 
Philippe Aghion et Élie Cohen rappellent le manque d’investissement dans l’enseignement supérieur, et dans les universités qui souffrent d’un manque d’autonomie et de concurrence, à la fois dans le choix de leurs professeurs et dans la sélection des étudiants. La France souffre, en outre, « de l’absence de synergies entre recherche fondamentale et recherche industrielle. Il existe trop peu de « venture capitalists », de « business angels » (600 seulement en France contre près de 60 000 au Royaume-Uni), et les auteurs insistent sur la faiblesse de structures d’interaction entre chercheurs universitaires, entreprises innovantes et juristes commerciaux. »
 
Un système de financement de l’économie insuffisamment modernisé
 
« Un système financier (banque, marchés boursiers, venture capitalists…) encore trop sous-développé et par conséquent inapte a financer des activités plus innovantes au sein des entreprises existantes et à favoriser pleinement l’entrée et la croissance de nouvelles firmes. Les contraintes financières des entreprises individuelles sont mesurées par leur aptitude à obtenir des crédits bancaires, laquelle dépend à son tour de la mesure dans laquelle l’entreprise a su honorer ses créances commerciales dans le passé. »
 
Persistance de carences en matière de concurrence
sur les différents marchés
 
Un marché du travail et un marché des produits encore trop rigides
 
Certaines règles de fonctionnement sur le marché du travail et le coût du travail sont défavorables à l’emploi et à la dynamique économique. Il en est ainsi en ce qui concerne « le niveau élevé du coin fiscal (tax wedge, taxation totale du travail) »
 
La forte proportion de chômeurs de longue durée (12 mois et plus) montre l’inefficacité apparente des agences du marché du travail. De surcroît,  la faible durée du travail sur la vie en France reste pénalisante en matière d’activité et de PIB par habitant.
 
Une gestion macroéconomique peu propice
à l’investissement et à l’innovation
 
Une dette publique excessive et des politiques macroéconomiques (fiscales et monétaires) insuffisamment contra-cycliques, donc trop pro-cycliques, n’aident pas les entreprises suffisamment en périodes de récessions et par conséquent ne les incitent pas à s’engager dans des investissements tels que la R&D qui nécessitent d’être maintenus dans le long terme pour être profitables. « Selon des données de panel intra-firme, les dépenses en R&D par les firmes plus contraintes financièrement, sont davantage procycliques, et en particulier sont davantage sacrifiées en période de récession, ce qui se traduit par un niveau inférieur des dépenses moyennes de R&D le long du cycle. »
 
La combinaison d’un sous investissement en R&D (un retard technologique), de rigidités sur les marchés du travail et marché des produits et d’une gestion macroéconomique peu propice à l’investissement et à l’innovation aurait un impact négatif significatif sur la croissance potentielle de la France..
 
 
Que faire pour mieux profiter des avantages potentiels
 de la mondialisation ?
 
De manière générale, la combinaison harmonieuse des principaux leviers (évoqués ci-dessus) de la croissance est seule susceptible d’augmenter durablement le potentiel de la croissance économique française.
 
Pour Patrick Artus, la perte de parts de marché de la France pour la production des biens innovants (informatique, électronique, machines…) et la faiblesse de l’activité d’innovation, peuvent être compensées en mettant en place un environnement favorable au développement en France des activités des grands groupes. ,
 
Philippe Aghion et Élie Cohen proposent de combiner des politiques transversales de type top-down (ou ciblées), orientées vers une meilleure utilisation de nos ressources et des politiques colbertistes traditionnelles, de type bottom-up (ou non ciblées), dans les activités où les coûts fixes sont importants et où la coordination entre plusieurs agents est nécessaire.
 
Du modèle « top down » …
 
« Au cours des Trente glorieuses la France a défendu un modèle colbertiste de politique industrielle, où les aides de l’État servaient de levier principal au progrès technique et où tout procédait de manière top down. Ce sont ces types d’intervention de l’État qui ont favorisé l’émergence de positions dominantes dans les secteurs de transports, de l’armement, de l’énergie notamment nucléaire, des services informatiques et les télécommunications.
 
« Les politiques colbertistes, de type top-down, se justifient dans les activités où les coûts fixes sont importants et où la coordination entre plusieurs agents est nécessaire (transports armements), et dans les secteurs stratégiques où notre pays doit se rapprocher de la frontière technologique, sans que cela porte atteinte à la concurrence (énergie, santé, biotechnologie). »
 
Lorsque les coûts fixes sont élevés, on parle de sunk costs. Certaines activités exigent la coordination entre plusieurs agents économiques quand elles sont génératrices d’externalités. Ces spécificités sont observables dans le secteur des transports, des armements, de l’énergie (avec maintenant la priorité donnée aux énergies qui économisent en émission de CO2) et à celui de la santé et des biotechnologies.
 
« L’intervention top-down doit permettre à ces trois secteurs de se rapprocher de la frontière technologique mondiale, sans pour autant porter atteinte à la concurrence qui est elle-même génératrice d’innovations et de croissance économique. »
 
Cependant, le modèle d’intervention Top Down, ne peut être préservé tel quel dans un contexte d’ouverture économique croissante dans le cadre de la mondialisation et de l’intégration économique européenne (marché unique européen et libéralisation des mouvements de capitaux) et dans un environnement économique ou l’innovation est devenue le principal moteur de la croissance effective et potentielle.
 
… au modèle « bottom-up »
 
«Les politiques bottom-up (ou non ciblées) impliquent « davantage d’investissement dans la recherche fondamentale et l’enseignement supérieur et une réorganisation de notre système universitaire ; un gros effort dans le développement du secteur financier avec en particulier le développement du capital-risque, des incubateurs et des business angels pour faciliter l’interface entre recherche fondamentale et applications industrielles ; ouverture maximale du capital à l’investissement étranger direct ; une flexibilisation des marchés du travail et des produits, accompagnée de politiques macroéconomiques plus contra-cycliques et d’une réduction de la dette publique ; une réforme fiscale qui encourage l’investissement tout en permettant de contenir la dette publique et en même temps de financer l’éducation supérieure et la mise en œuvre des réformes structurelles, notamment la flexibilisation du marché du travail. »
 
In fine, pour des raisons d’efficacité, il convient d’articuler bottom-up et top down, c'est-à-dire des politiques non ciblées et des interventions industrielles ciblées. 
 
A consulter :
 
 .
Le rapport du Conseil d’Analyse Économique
.
 
Liste des contributions du rapport du Conseil d’Analyse Économique,
« Mondialisation : les atouts de la France », rapport n°71, rapport n°71
 
1. Atouts et défis de la France dans la mondialisation
Philippe Aghion et Élie Cohen
 
2. Quels atouts pour la France dans la mondialisation ?
Patrick Artus
 
3. La mondialisation immatérielle : synthèse
Daniel Cohen et Thierry Verdier
 
4. Les atouts de la France dans la mondialisation et la tentation protectionniste
Élie Cohen
 
5. Les atouts de la France dans la mondialisation
Lionel Fontagné
 
6. La France dans la concurrence mondiale :quels atouts pour quelle politique économique ?
Thierry Madiès
.
.
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Lundi 16 avril 2007
par David MOUREY publié dans : Mondialisation
Un article rédigé par Martine Orange, rédacteur en chef à « Challenges »
 
« Challenges », n°39, 8 juin 2006
 
A Pontault-Combault, 350 lycéens sont venus écouter l’économiste parler mondialisation. Trois heures après, formidable, ils ont « tout compris ».
 
Il a dit oui. Sans hésitation. Parce que cette démarche d’enseignant, osant frapper à sa porte de grand universitaire pour lui demander aide et conseil, ne pouvait que le toucher. Parce qu’il estimait qu’il était de son devoir de dispenser autrement ses travaux d’économiste. Alors, entre ses cours à l’Ecole normale supérieure et des colloques à l’étranger, Daniel Cohen s’est retrouvé, un matin de mai, dans la salle des fêtes de Pontault-Combault, en banlieue parisienne. Devant lui, 350 élèves de première et terminale ES des lycées voisins.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Un auditoire résigné…
 
Dans la salle règne un joyeux brouhaha. Des groupes se forment. Il y a les appliqués, classeur sur les genoux, déjà prêts à tout noter. Demain, il y a interro et dans six semaines, le bac. Il y a les hésitants, prêts à s’ennuyer à écouter deux heures et plus de cours d’économie.
 
 « L’économie, ce n’est pas toujours drôle », a reconnu en préambule David Mourey, l’enseignant qui a pris l’initiative de ces rencontres avec quelques économistes de renom pour leur montrer l’intérêt de sa matière. « Quand vous lisez Daniel Cohen, tout devient compréhensible, simple. Ecoutez ! Vous entendrez une parole libre », a-t-il déclaré à ses élèves auxquels il avait demandé de lire le dernier livre de l’économiste, La Mondialisation et ses ennemis.
 
A la tribune, Daniel Cohen sourit. Il s’empare du micro et commence d’une voix douce. « Tout ce que nous vivons en ce moment, que nous appelons mondialisation, se résume à un choc déterminant. C’est le retour de la Chine et de l’Inde dans le commerce international. Quelque 2,5 milliards de personnes qui s’en étaient soustraites ont décidé de revenir dans le capitalisme mondial », lance-t-il. Ces quelques mots ont suffi. La salle s’est tue. Tous ont compris. Ils redoutaient un exercice scolaire. On leur offre une magistrale leçon de vie et de compréhension.
 
… intéressé…
 
Histoire, géographie, idées politiques et théories économiques, tout est réexpliqué, mis en perspective pour donner sens à ce qu’ils voient, ce qu’ils vivent. Ils croyaient connaître un bouleversement unique, ils découvrent qu’au xixe siècle la première mondialisation fut plus brutale encore. Ils avaient appris en cours la main invisible du marché chère à Adam Smith et les avantages comparatifs défendus par David Ricardo. Et voici Daniel Cohen qui reprend les théories, les fait vivre, pointant ici les bénéfices, là les interrogations. Oui, la mondialisation était au xixe siècle un facteur d’enrichissement. Oui, elle avait rendu possibles de fabuleux sauts technologiques. Non, elle n’avait pas permis à tous d’en sortir vainqueurs : l’écart entre pays riches et pauvres, entre régions pauvres et riches, n’avait cessé de se creuser. Et c’est cela qui avait poussé les pays pauvres à se tenir à l’écart du capitalisme mondial longtemps, avant d’y revenir. « Le commerce mondial n’est pas forcément une bonne chose. Si vous n’êtes pas préparé, vous vous appauvrissez. Si vous vous fermez, vous vous privez des bénéfices des techniques et des échanges. La voie fragile, c’est la voie médiane », assure Daniel Cohen, devant un auditoire songeur.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
… réactif…
 
Après un temps d’hésitation, un élève s’aventure au jeu des questions : « L’Etat peut-il avoir un rôle dans une économie mondialisée ? » Battant en brèche « le libéralisme un peu simplet des grands organismes internationaux », Daniel Cohen relève que l’Etat a eu un rôle déterminant dans les cas de mondialisation réussie. Des exemples ? La Corée et les Philippines. En 1960, les deux pays avaient le même niveau de développement. Trente ans plus tard, le rapport est de un à dix. La différence ? Les Philippines ont opté pour une croissance très inégalitaire, la Corée, un Etat fort autour duquel elle bâtissait un consensus. Faut-il faire des rapprochements ? Des élèves semblent tentés. Le professeur les devance. « La France est gangrenée par la montée des inégalités. Il n’y a plus de consensus, plus de notion de bien public. »
 
… concerné
 
« Quels sont les effets de la mondialisation sur les économies nationales en Chine et en Inde ? » demande un autre jeune. Même pour eux, répond Daniel Cohen, le problème de la diffusion de la croissance, d’associer toute la population, existe. L’avis est écouté. Ces jeunes habitent une banlieue pavillonnaire, agréable. Mais ils ont entendu les plaintes des cités à l’automne. Ils en connaissent les angoisses. Eux-mêmes vivent avec cette peur du chômage. Et là un professeur leur en donne écho. « La grande différence entre la première et la deuxième mondialisation, c’est que tout le monde peut y participer avec la télé. Tous peuvent voir un mode de vie, dont une grande partie est exclue. Cela crée une frustration considérable. » Des murmures courent dans la salle, beaucoup se sentent interpellés.
 
Cette montée des inégalités, insiste le professeur, n’est pas due qu’à la mondialisation. Le chômage et les emplois détruits sont plus liés à la désindustrialisation et à la montée des services qu’à l’ouverture des échanges. Il en va de même avec l’Europe, qui n’a pas su, à rebours, « faire émerger une idée, un modèle ». Pourtant, c’est là que peuvent se trouver les germes du renouveau, dans la construction démocratique d’un espace commun. « Si 20 à 30 % d’entre vous ne vont pas ailleurs, apprendre dans des facs européennes, profiter des échanges éducatifs, alors l’Europe est mal partie », a-t-il lancé en guise d’au revoir. D’un bond, tous se lèvent et s’ébrouent. « Formidable, j’ai tout compris ! », lance une adolescente. Au pied de la tribune, des élèves se précipitent, livre à la main, pour demander un autographe.
 
Une vie d’économie
 
Daniel Cohen est professeur de sciences économiques à l’Ecole normale supérieure et à Paris I-Sorbonne.
Il est aussi directeur du Centre pour la recherche économique et ses applications.
Et membre du Conseil d’analyse économique auprès du Premier ministre.
Et conseiller scientifique au centre de développement de l’OCDE.
 
Ses ouvrages
 
Monnaie, richesse et dette des nations (1987).
Les Infortunes de la prospérité (1994).