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David MOUREY
Pontault-Combault (77340)
  Professeur de Sciences Economiques et Sociales

 
La démocratie exige le débat
 
L’objectif de ce blog est de tenter de valoriser le débat et la démocratie. Certes, l’objectif est ambitieux mais l’ampleur de l’enjeu ne doit pas nous conduire à la résignation. Nous devons nous en donner les moyens.
   
Voir l'article :   "De l’importance du débat dans une démocratie moderne"
   
« J’apprends beaucoup des gens avec qui je suis en désaccord,
j’apprends très peu des gens avec qui je suis d’emblée en accord.
C’est normal car être en désaccord implique de comprendre
la nature, la valeur, la profondeur de l’argument
qui est utilisé dans le débat. »
.
   CONFERENCE DE JEAN-PAUL FITOUSSI, Mercredi 20 avril 2005
.
Jeudi 17 janvier 2008
par David MOUREY publié dans : Croissance économique

 

Il y a quelques jours, j’annonçai là, SARKOZY, les Prix Nobel d’économie et la mesure de la croissance, que Le président de la République, Nicolas SARKOZY, avait demandé à deux récents Prix Nobel d'économie, Joseph STIGLITZ et Armatya SEN, de réfléchir au changement des instruments de mesure de la croissance économique.
 
Dans mon commentaire, j’ajoutais qu’il « ne m’étonnerai pas que cette belle idée du Président de la République n’ait été suggérée, proposée, par Jean-Paul FITOUSSI  qui est très proche de ces économistes Joseph E. STIGITZAmartya SEN, … et/ou qui sont chercheurs associés à l’OFCE.»
 
Une bonne et heureuse intuition
 
En lisant dans le numéro du magazine Challenges, paru ce jour, une interview de Jean-Paul FITOUSSI, j’ai confirmation que je fus bien inspiré cette fois là.
 
En effet, Jean-Paul FITOUSSI « est régulièrement consulté par Nicolas Sarkozy. Il a convaincu deux Nobel de faire partie du groupe d'experts voulu par le président de la République, qui veut «changer les instruments de mesure de la croissance». Une révision qu'il estime fondamentale. »
.
De la liberté de penser et de s'exprimer
.
 
En réponse à un commentaire d’AAlexandre, qui s’interrogeait sur la démarche du Président SARKOZY, je répondais que « « Sarkozy ne va dicter à SEN et à STIGLITZ ce qu'ils doivent dire. » Dans ces conditions, je ne suis pas vraiment inquiet.
 
En tant que confirmation, toujours dans Challenges, on peut lire que selon Jean-Paul FITOUSSI « il serait inimaginable que des monuments de crédibilité académique comme Amartya Sen et Joseph Stiglitz se laissent instrumentaliser à des fins de politique intérieure française ! Tous deux sont pour moi des amis très proches, et sont associés à l'OFCE. Je les ai convaincus d'accepter la proposition de Nicolas Sarkozy, parce que l'aventure intellectuelle est magnifique. »
 
Je dois avouer que je suis content d’avoir eu une bonne intuition, mais surtout je suis tout à fait confiant dans la capacité de ce groupe d’expert composé notamment d’esprits aussi libres et respectés que Jean-Paul FITOUSSI, Joseph E. STIGITZ et Amartya SEN à faire des propositions à et  l'Insee, et aux institutions similaires d'autres pays.
 
Jean-Paul FITOUSSI tiens à rappeler que pour le groupe d’expert, « c'est un projet scientifique d'envergure internationale. Quelles sont les pistes pour changer la mesure de la croissance ? Il faut prendre en compte l'environnement, la santé, les biens collectifs, les loisirs, les activités non marchandes, l'augmentation du travail des femmes et les inégalités. (…) En plus ou au lieu du produit intérieur brut, il faut mettre en place de nouveaux indicateurs pertinents pour mesurer les progrès réels du bien-être économique et social dans nos pays industrialisés. »
 
A suivre donc, …
 
A consulter :
 
L’intégralité de l’interview de Jean-Paul FITOUSSI, ici :
 
«De nouveaux indicateurs pour plus de visibilité»
[ Magazine Challenges 17.01.2008]
 
 
REVUE DE L OFCE "SPECIAL 25 ANS"  
 
Sous la direction de Jean Paul FITOUSSI 
 
 PHELPS, SEN, SOLOW, STIGLITZ,
4 prix Nobel d'Economie,
"research fellow" à l'OFCE s'expriment...
 
 
 
 
Globalisation et gouvernance mondiale
   
Inégalités, justice et solidarités
 
 
Jean-Paul Fitoussi
 
CAE Conseil d’analyse économique
 
OFCE
.
.
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Lundi 31 décembre 2007
par David MOUREY publié dans : Croissance économique

Les effets des politiques économiques : du court terme au long terme

Dans une note Flash récente, du 20 décembre 2007, Patrick ARTUS tiens à rappeler le lien étroit qui existe entre les effets à court terme des politiques économiques conjoncturelles et leurs impacts sur l’économie à long terme. Avant de revenir sur les propos de Patrick ARTUS, faisons un petit détour en revenant sur certaines définitions fondamentales.
 
La controverse  sur les effets des politiques économiques dans le temps est récurrente. Pour autant, un consensus semble émerger depuis quelques années autour de l’argument selon lequel les politiques économiques qui ont d’abord des objectifs à court terme, ont également des effets à moyen et long terme. Réciproquement, les politiques économiques censées produire leurs pleins effets à long terme, peuvent aussi avoir des conséquences à court terme.
 
De l’impératif de nuancer les typologies des politiques économiques
 
Différencier les effets intertemporels des politiques économiques est un exercice délicat, la distinction doit donc être manipulée avec précaution. Il est tout aussi difficile - voire trompeur lorsque cela devient exclusif - de distinguer les politiques de la demande des politiques de l’offre, les politiques conjoncturelles des politiques structurelles, les politiques visant à accroître la croissance effective des politiques visant à augmenter la croissance potentielle. Ces distinctions indispensables à l’analyse révèlent, in fine,  davantage la complémentarité que la substituabilité de celles-ci.
 
Politiques d’offre et politiques de demande
 
« La distinction entre les politiques d’offre et politiques de demande renvoie à une séparation traditionnelle en théorie économique, entre, d’une part, la croissance tendancielle et d’autre part, les fluctuations autour de la tendance. », Politique économique, Agnès BENASSY-QUERE, Jean PISANI-FERRY …
 
Cette distinction permet de spécifier les politiques d’allocation des ressources productives qui visent à modifier le taux de croissance à long terme, le potentiel de croissance,des politiques de stabilisation qui cherchent à atténuer, à lisser, les fluctuations de la demande à court terme autour du trend, la tendance.
 
Grosso modo, les politiques d’offre cherchent à faire progresser la production potentielle (et la croissance potentielle) pour rejoindre la frontière des possibilité de production, alors que les politiques de demande ont pour objectif d’accroître la production (et la croissance) effective pour rejoindre le niveau potentiel. Autrement dit, il s’agit de réduire l’écart de production, output-gap, entre production effective et potentielle. La production potentielle, comme la production effective, évolue dans le temps au rythme du taux de croissance potentiel.
 
Les politiques d’offre et de demande sont complémentaires comme le sont les politiques de court terme et de long terme les politiques conjoncturelles et structurelles.
 
Politiques conjoncturelles et politiques macroéconomiques
 
Lato sensu, la politique économique désigne l’ensemble des décisions prises et des mesures appliquées par les pouvoirs publics afin d'atteindre certains objectifs économiques fondamentaux. Stricto sensu, la politique économique conjoncturelle désigne l’ensemble des décisions prises et des mesures appliquées par les pouvoirs publics qui visent à un réguler  les variations de l’activité économique à court terme.
 
« La politique macroéconomique est l'ensemble des interventions des pouvoirs visant à réguler la marche globale de l'économie. (…) Cette notion englobe la politique conjoncturelle axée sur des objectifs à court terme, mais son champ est plus large car il inclut des politiques dépassant le court terme, comme par exemple la stratégie financière à moyen terme ou la politique de désinflation compétitive. Cette notion exclut les politiques structurelles qui agissent sur l'organisation et les proportions de l'économie (comme les politiques sectorielles, les privatisations ou la déréglementation). » Michel CABANNE, La politique macroéconomique »
 
Les objectifs de la politique économique conjoncturelle et de la politique macroéconomique sont ceux du carré magique proposé par Nicholas KALDOR en 1971 : la croissance, le plein emploi, la stabilité des prix et l'équilibre extérieur. A ces objectifs, on ajoute désormais la recherche de la réduction des déficits budgétaires et de la dette des Administrations publiques.
 
«Il existe des convergences entre ces finalités : La croissance favorise l'emploi, la stabilité des prix contribue à l'équilibre extérieur. Mais les divergences sont souvent importantes : une croissance économique forte et un haut niveau d'emploi sont des facteurs de tensions inflationnistes et de dégradation de la situation extérieure. Ces divergences, d’autant plus vives que l'horizon retenu est court, font la difficulté de la politique macroéconomique. » « La politique macroéconomique », Michel CABANNE, La politique macroéconomique »
 
Les instruments des politiques macroéconomiques
 
On considère traditionnellement qu’il y a trois outils fondamentaux de politique macroéconomique: la politique budgétaire, la politique monétaire et la politique de change.
 
 « Les instruments utilisés sont surtout d'ordre financier. La politique budgétaire relevant directement du pouvoir politique, agit par le solde, le montant et la structure des dépenses et des recettes de l'État. La politique monétaire, par la Banque centrale, affecte le contexte monétaire et financier influençant l'évolution économique. La politique du change module les conditions de la contrainte extérieure. Des contrôles directs sur les prix, les revenus et les flux avec l'extérieur, peuvent compléter la panoplie des outils de la régulation macroéconomique.»       Michel CABANNE, La politique macroéconomique
 
Des instruments aux objectifs : conditions d’efficacité
 
Les rapports entre instruments et objectifs des politiques macroéconomiques devraient, dans une perspective d’efficacité, respecter deux principes : le principe de cohérence de TINBERGEN et le principe d'efficience de MUNDELL. Selon le principe d'efficience, la politique économique doit utiliser chaque instrument en fonction de l'objectif pour lequel il possède un avantage relatif. En vertu du principe de cohérence, la politique économique doit avoir au moins autant d'instruments que d'objectifs.
 
Policy mix ou la combinaison des politiques macroéconomiques
 
On appelle policy mix, au sens étroit, la combinaison des politiques macroéconomiques. Au cours des années 90, les Etats-Unis ont combiné une politique monétaire expansionniste (taux d'intérêt réels nuls) et une politique budgétaire restrictive à travers la réduction progressive des déficits publics fondée sur la baisse des dépenses militaires et le surcroît de recettes lié à la croissance économique. Cela s’est traduit, par le jeu des stabilisateurs automatiques, par un excédent budgétaire à la fin du siècle.
Dans la zone euro le policy mix fut globalement restrictif toute la décennie 90. Alternance de politiques monétaires restrictives  (forte montée des taux d'intérêt réels au début des années quatre-vingt-dix)  et de politiques budgétaire restrictives, avec la contrainte de réduction des déficits publics à partir de 1994 afin de satisfaire les critères de convergence fixés par le Traité de Maastricht.
 
A partir de 1999, dans le cadre de l’union économique et monétaire (UEM) avec l’entrée en vigueur de l’euro, le policy mix implique de combiner une politique monétaire unique avec des politiques budgétaires nationales sous contrainte du Pacte de stabilité de croissance. Ce nouveau contexte n’est visiblement pas facile à gérer. J’y reviendrai prochainement.
 
Risque d’équilibre non coopératif
 
Mettre en œuvre une combinaison d’instruments n’est pas sans risque. Le risque principal en la matière est l’équilibre non coopératif. En effet, la BCE, banque centrale européenne, n’a pas les mêmes objectifs, ni les mêmes contraintes que les Etats membres de l’UEM. La première doit lutter contre l’inflation au risque de compromettre les perspectives de croissance, quand les seconds doivent privilégier la croissance avec les risques inflationnistes qu’elle porte. Par exemple, lorsque la BCE augmente les taux d'intérêt pour répondre à un déficit public jugé excessif, les gouvernements sont tentés d’augmenter les déficits pour maintenir l'activité, malgré la hausse des taux. Mais cela gonfle d'autant plus la charge de la dette et la dette publique elle-même. Le policy mix est alors « non optimal » dans la mesure ou il se traduit par un cercle vicieux de hausse des taux et de hausse des déficits et la croissance molle, la hausse du chômage...
 
Une coordination intelligente et équilibrée des politiques macroéconomiques est donc une condition de leur efficacité. Il convient de combiner, avec harmonie, spécialisation des instruments (politique monétaire/politique budgétaire) et spécialisation des objectifs (faible inflation/politique de relance de la croissance). C’est d’une part la seule manière de répondre aux chocs symétriques et aux chocs asymétriques et d’autre part de renforcer les chances d’atteindre « simultanément » les différents objectifs à court terme et à long terme.
 
Chocs symétriques et aux chocs asymétriques
 
Un choc symétrique est choc un économique qui concerne tous les pays de la zone euro, comme une hausse du prix du pétrole, une chute de la demande mondiale, une appréciation de l’euro ... La réponse à ce type de choc peut donc être commune, en utilisant l'instrument monétaire ou budgétaire. La politique monétaire unique apparaît, a priori, plus adaptée à cet exercice, même si les situations économiques des pays membres sont très hétérogènes. Un choc asymétrique ne concerne en revanche qu'un seul pays et l'instrument budgétaire national peut être utilisé de manière plus appropriée.
 
La distinction choc symétrique/choc asymétrique n'est cependant pas toujours évidente. Un choc initialement asymétrique peut dans un second temps devenir symétriques en raison des interdépendances économiques, monétaires et financières, et réciproquement. Il en est ainsi de l’exemple de l'unification allemande de 1989-1990. A l’origine, il s’agissait d’un choc spécifique à un pays, donc asymétrique, mais du fait de l'importance de l'Allemagne en Europe et des mécanismes de transmission des effets par les institutions monétaires existantes, il est rapidement devenue un choc symétrique.
 
Coordination et convergence
 
La conjugaison des phénomènes de mondialisation et de construction européenne, en rendant les économies nationales de plus en plus interdépendantes, rend nécessaire la convergence mais surtout la coordination des pratiques de politiques économiques. La mondialisation a réduit comme une peau de chagrin les marges de manœuvre des politiques économiques, mais elle ne les a pas annulés et des marges de manoeuvre demeurent. Il en est de même au niveau européen. Par exemple, l’économie de la zone euro - et celle de l’Union européenne - étant une économie plus fermée que les économies constituantes, elle renforce les effets internes des politiques européennes sur les pays européens concernés et réduit les effets sur les partenaires extra européens.
 
Dans le cadre européen, en particulier celui de la zone euro, la coordination est nécessaire à deux niveaux. D'une part entre politique monétaire et politique budgétaire, pour favoriser la croissance et l'emploi et d’autre part entre les politiques budgétaires nationales des différents pays encadrée par le pacte de stabilité et de croissance qui en limite l'autonomie en fixant un seuil maximum de déficit. Dans le cadre de la mondialisation, les choses sont encore plus compliquées. La coordination internationale doit permettre de surmonter la réduction des marges de manœuvre des politiques économiques nationales du fait de la contrainte extérieure. Cela est d’autant plus vrai que l’économie est de petite taille et donc plus ouverte.
 
La convergence doit intervenir en cas de chocs symétriques et de situations économiques initiales proches, analogues. Les politiques doivent être, dans de telles conditions, contracycliques ou procycliques, en même temps.
 
 
Les politiques structurelles, les politiques de l’offre et le long terme
 
Les politiques structurelles ou politiques de réformes structurelles ne peuvent assimilées aux politiques d’offre, même si depuis le début des années 80 ce fut souvent le cas. Comme le rappellent Agnès BENASSY-QUERE, Jean PISANI-FERRY … dans « Politique économique », la modification des statuts de la banque centrale avec le passage à l’euro et le changement de cadre institutionnel pour les politiques budgétaires nationales sont des politiques structurelles au niveau de la gestion de la demande globale de l’économie dans la mesure ou les arbitrages instruments-objectifs sont profondément modifiés. De même, toute réduction d’impôt n’a pas un caractère structurel s’il n’y a pas changements au niveau institutionnel.
 
Plus précisément, les politiques structurelles consistent à modifier les institutions économiques publiques et privées (organisations des marchés – du travail, des biens et services vers plus ou moins de concurrence – processus de décision budgétaire, de décision monétaire, régime de change, relations entre syndicats et patronat …) en vue de rendre plus efficace l’arbitrage entre instruments pour atteindre les objectifs assignés aux politiques conjoncturelles-macroéconomiques. En effet, un changement au niveau des institutionsvaconditionner la relation de causalité entre instruments et objectifs.
 
Les politiques structurelles correspondent donc à un ensemble d’interventions publiques destinées à agir sur les structures de l’économie et de la société, sur leur évolution et visent à améliorer à long terme les performances économiques. Il s’agit désormais d’agir sur la croissance potentielle de l’économie. On rejoint clairement ici les objectifs assignés le plus souvent aux politiques de l’offre. Depuis le début des années 80 les politiques structurelles cherchent à restaurer les conditions de concurrence sur les marchés, et à limiter l'intervention de l'Etat par la déréglementation, la désétatisation, le désengagement de l'Etat; les privatisations... Les interventions de l'Etat concernant plusieurs domaines d'activité tels que la politique de l'emploi, la politique industrielle, la politique de la concurrence, la politique sociale, la politique de l'environnement, la politique stratégique, les politiques de RD, d’innovation, ...
 
Dans ces conditions, ce sont des politiques structurelles qui devraient permettre de réduire l’écart de croissance entre les Etats-Unis et l’Union européenne depuis le milieu des années 90 notamment. Les principales raisons permettant d’expliquer le ralentissement de la croissance potentielle sont les trop grandes rigidités sur les  marchés des biens et du travail, l'insuffisance de l'accumulation du capital, de la R&D et de l’innovation,  et l'impact du ralentissement durable de la croissance effective sur la croissance potentielle.       
 
Production et Croissance potentielles
 
« On peut définir la production potentielle comme le niveau maximal de production durablement soutenable sans tensions excessives dans l'économie, et plus précisément sans accélération de l'inflation. Déterminée par la quantité et l'efficience des facteurs de production disponibles, c'est un indicateur d'offre. L'écart de production (output gap) est la différence entre la production effective et le niveau estimé de la production potentielle c'est donc un indicateur du déséquilibre entre l'offre et la demande. Toutefois, le taux de croissance effectif peut être supérieur au taux de croissance potentiel sans créer de tensions s'il existe un déficit initial de production (c'est-à-dire si la production effective était inférieure à la production potentielle). (…) L'évaluation de la production et de la croissance potentielles constitue un enjeu d'importance. En phase de ralentissement de la croissance, des politiques économiques expansionnistes sont opportunes si le ralentissement provient d'une faiblesse de la demande relativement à la capacité de production ; néfastes, s'il correspond à un ralentissement de la croissance potentielle elle même. En dépit du consensus apparent sur la définition et l'utilisation de la production potentielle, cette notion reste problématique. La production potentielle n'est pas une grandeur observable : son évaluation repose sur diverses hypothèses statistiques et théoriques. Ce concept est une construction subjective et discutable de l’analyste : une croissance maximale, sans tensions excessives, dictée par les seules contraintes d'offre que l'on oppose à la croissance réalisée, dictée par la demande. » Olivier Pose Christine Rifflart, Henri Sterdyniak, « Ralentissement de la croissance potentielle et hausse du chômage, Revue de I'OFCE n'60, janvier 1997. 
 
Ces diverses distinctions entre types de politiques économiques sont nécessaires d’un point de vue analytique et opérationnel, mais l’analyse de la nature intertemporelle de leurs incidences doit nous conduire à nuancer les frontières habituelles. En outre, à l’instar des politiques d’offre et de demande, les politiques structurelles sont le plus souvent complémentaires des politiques conjoncturelles. Il y action et rétroaction de l’une sur l’autre.
 
Effets intertemporels des politiques économiques
 
Dans le cadre d’une logique analogue, on constate que les effets de court terme et de long terme des politiques économiques, relèvent davantage de l’interdépendance que de l’indépendance. L’attribution du Prix Nobel d’économie 2006 n’a fait que le confirmer.
 
En octobre 2006, L'Académie Nobel à attribué le Prix Nobel d’économie à  l’économiste américain Edmund PHELPS pour ses nombreux travaux qui « ont permis d'approfondir notre compréhension des relations des effets à court et long terme d'une politique économique (et qu'ils ont) eu un impact aussi bien sur la recherche en économique que sur la politique »
. 
« M. PHELPS est à l'origine de la refondation moderne de la macroéconomie - et selon Samuelson de la microéconomie aussi.Son programme de recherche a consisté à introduire l'imperfection de l'information et celle de la connaissance dans la théorie économique. Il l'a conduit à reformuler la théorie économique enprenant sérieusement en compte les anticipations des agents. (…) C'est à lui que l'on doit la théorie du taux naturel de chômage - pierre angulaire de la théorie moderne de la macroéconomie et de la politique économique -, théorie que Milton Friedman allait redécouvrir un an plus tard, mais de façon heuristique. C'est à lui aussi que l'on doit la parabole des îles, qui permet de comprendre pourquoi la politique monétaire peut avoir des effets réels transitoires en raison de l'imperfection de l'information. » Jean-Paul FITOUSSI, Le Monde du 11/10/06
 
« Pour l'essentiel, il ne se reconnaît pas keynésien et se déclare volontiers « structuraliste ». Ce structuralisme économique est le fruit d'une vision tout à fait novatrice de l'économie moderne, qui met l'accent sur sa dimension temporelle et, comme Keynes, mais d'une manière radicalement différente, sur l'incertitude qu'engendrent la temporalité de la production et de l'échange marchand dans les économies capitalistes décentralisées contemporaines, et les problèmes d'information liés à la complexité qui caractérise l'éparpillement des décisions individuelles dont elles sont constituées. Sur ces prémisses, il construit une théorie patrimoniale de l'économie dans laquelle les arbitrages intertemporels sont les moteurs de toutes les stratégies individuelles, celles des entreprises notamment. » « Nobel d'économie : néokeynésien Edmund PHELPS Pas si sûr... » par Jacques LE CACHEUX, Les Echos, 23 octobre 2006
 
 
Les effets immédiats et différés des politiques contracycliques
 
Comme indiqué au début de ce billet, dans une note Flash récente, Patrick ARTUS insiste sur l’interdépendance entre les effets à court terme et à long terme des politiques économiques conjoncturelles.
 
« On sait que les Etats-Unis mènent des politiques économiques (monétaire et budgétaire) plus fortement contracycliques que la zone euro. C’est à leurs effets sur la croissance de long terme qu’il faut juger l’apport des politiques contracycliques : elles évitent en principe, dans les récessions, la disparition d’entreprises efficaces, dans une perspective de moyen terme, et les pertes de richesse dues aux défauts des emprunteurs ; elles réduisent la variabilité de l’économie, ce qui est favorable à l’investissement.» Patrick ARTUS, RECHERCHE ECONOMIQUE NATIXIS, FLASH Economie du 20 décembre 2007, N° 492
 
 
Face à des retournements à la baisse de l’activité économique, les politiques monétaire et budgétaire ont un caractère contracycliques bien plus fort aux Etats-Unis que dans la zone euro. Il en fut ainsi, au début des années 2000, avec une baisse des taux directeurs synonyme de politiques monétaire expansionniste et une hausse du déficit public illustrant une politique budgétaire de relance nettement. Quand la machine économique ralenti, les autorités monétaires et budgétaires n’hésitent pas à appuyer sur l’accélérateur.
 
« Cette réaction fortement contracyclique des politiques économiques aux Etats-Unis y a permis, en particulier, que le crédit aux ménages redémarre rapidement, ainsi que l’activité de construction résidentielle, après la crise de 20012002 (graphique 2a), alors que ce redémarrage était beaucoup plus lent dans la zone euro. Le crédit aux ménages américains accélère dès 2001 ; celui aux ménages de la zone euro seulement en 2004. » Patrick ARTUS, RECHERCHE ECONOMIQUE NATIXIS, FLASH Economie du 20 décembre 2007, N° 492
 
Quels sont les effets à long terme de ces politiques de stabilisation ?
 
Autrement dit, quels sont les effets à long terme des politiques contracycliques ?
 
Les politiques contracycliques devraient permettre de limiter les pertes en capital en réduisant le nombre de défaut (la disparition) d’entreprises efficaces dans une perspectives de moyen terme, mais sévèrement affectées par le retournement cyclique, en particulier le nombre des défauts inefficaces. Mais les données statistiques montrent que « les taux de défaut sont en moyenne plus élevés aux Etats-Unis, ce qui va dans le mauvais sens. Mais (…) que dans les crises le taux de défaut des entreprises monte davantage en Europe qu’aux Etats-Unis. » Patrick ARTUS, RECHERCHE ECONOMIQUE NATIXIS, FLASH Economie du 20 décembre 2007, N° 492
 
Les politiques contracycliques devraient limiter les pertes de richesse (chute de la valeur des maisons) et les coûts associés aux défauts des ménages.
Statistiquement, on peut observer que « les taux de défauts des ménages réagissent davantage dans les crises aux Etats-Unis qu’en Europe, ce qui ne va pas dans le sens attendu ; les prix des maisons souffre aussi plus dans les crises aux Etats-Unis), mais il faut tenir compte de ce que le taux d’endettement des ménages est plus élevé aux Etats-Unis. Patrick ARTUS, RECHERCHE ECONOMIQUE NATIXIS, FLASH Economie du 20 décembre 2007, N° 492
.
Dans la zone euro, ces effets sont beaucoup plus faibles.
 
Les politiques contracycliques devraient également permettre d’éviter la hausse des taux de défaut des ménages et des entreprises en raison de la contraction excessive du crédit bancaire, Crédit crunch. Le « cycle du crédit » implique lors des périodes de Crédit crunch, un renforcement des récessions. « Le rationnement du crédit à court terme accroît les défauts des emprunteurs et, (...), ceci a des effets à long terme au travers de la destruction de capital. »
Aux Etats-Unis et dans la zone euro lors de la récession de 2001-2003,  « le crédit bancaire aux ménages n’a pas freiné aux Etats-Unis, à la différence de la zone euro ; mais le crédit bancaire aux entreprises a freiné beaucoup plus violemment aux Etats-Unis). » Patrick ARTUS, RECHERCHE ECONOMIQUE NATIXIS, FLASH Economie du 20 décembre 2007, N° 492
 
Les politiques contracycliques devraient enfin réduire la variabilité excessive de l’économie qui décourage les investissements. En effet, en réduisant les incertitudes sur l’avenir de l’économie, on redonne confiance aux investisseurs.
En revanche, « une variabilité élevée, en moyenne, de l’économie, décourage l’investissement productif donc réduit la croissance de long terme. »
 
Le caractère plus incisif des politiques contracycliques aux Etats-Unis, que dans la zone euro, semble avoir des effets plus forts sur les entreprises que sur les ménages. Il est cependant difficile de valider empiriquement les résultats de la théorie. Si, « en théorie, la croissance à long terme était soutenue par la mise en place de politiques fortement contra-cycliques ; que, dans la pratique en comparant les Etats-Unis et la zone euro, cet effet n’était pas si évident. » Patrick ARTUS, RECHERCHE ECONOMIQUE NATIXIS, FLASH Economie du 20 décembre 2007, N° 492
 
 Le caractère contra-cyclique doit aussi être présent
dans les périodes d’expansion
  
« La critique récente de l’action des banques centrales a porté sur le caractère non pas contra-cyclique mais procyclique des politiques monétaires dans les périodes d’expansion. Ainsi, à la fin des années 1990, les crédits augmentent très rapidement ainsi que les cours boursiers, (...) la politique monétaire reste procyclique. De même, à partir de 2004, les crédits augmentent à nouveau très vite ainsi que les prix de l’immobilier résidentiel, et pourtant la politique monétaire reste expansionniste. » Patrick ARTUS, RECHERCHE ECONOMIQUE NATIXIS, FLASH Economie du 20 décembre 2007, N° 492
 
Ceci a été souvent répété, lorsque les politiques monétaires sont excessivement expansionnistes, lorsqu’elles restent procycliques dans les périodes d’expansion, la progression du crédit alimente celle du prix des prix des actifs,et conduit à des  situations d’excès d’endettement et de bulle spéculative sur les prix des actifs dont on connaît les conséquences lors de la phase de dégonflement de la bulle…
 
De manière analogue, lorsque la politique budgétaire reste expansionniste en période de croissance soutenue, il n’existe plus de marges de manœuvre lors des phases de récession. La procyclicité de la politique budgétaire ne lui permet pas de jouer son rôle stabilisateur lorsque la conjoncture l’impose.
 
Ainsi, « dans certains pays européens (France, Italie), les gouvernements n’ont pas profité de l’expansion de la période 2004-2006 pour réduire suffisamment les déficits publics, à la différence de ce qu’on a observé en Allemagne ou aux Etats-Unis en France, en particulier, la politique budgétaire est clairement procyclique dans les dernières années. Ceci ne permet plus à la politique budgétaire de devenir contra-cyclique quand la période d’expansion cesse. » Patrick ARTUS, RECHERCHE ECONOMIQUE NATIXIS, FLASH Economie du 20 décembre 2007, N° 492
 
 
En résumé, on peut retenir qu'en théorie, l’intérêt des politiques macroéconomiques contra-cycliques n’est pas seulement de stabiliser l’économie à court terme, mais également de contribuer à augmenter la croissance potentielle, à relever le sentier de croissance à long terme. En effet, en réduisant les pertes en capital, les coûts liés à l’insolvabilité des emprunteurs, en limitant le rationnement du crédit lors des phases de récession, en favorisant  l’investissement productif et en réduisant la variabilité de l’économie, les politiques contra-cycliques agissent non seulement sur la croissance effective à court terme (par le biais le plus souvent d’actions sur la demande) mais influent aussi sur la croissance potentielle, à long terme, en augmentant le stock de capital productif. Pour autant, à partir de la comparaison des situations des Etats-Unis et de la zone euro, puisque les politiques économiques sont nettement plus contra-cycliques aux Etats-Unis, Patrick ARTUS nuance ces conclusions. Nous suivrons avec intérêt les analyses suivantes et celles d’éventuels et probables contradicteurs.
 
A consulter :
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Laurence Boone 10 Septembre 2007
 
  
 
« La crise financière aura-t-elle des conséquences sur l'économie réelle ? » Le Monde, Débat avec Jean Paul Fitoussi,  président de l'OFCE,  mardi 11 septembre 2007 à 15 h00.
 
 
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Dimanche 16 décembre 2007
par David MOUREY publié dans : Croissance économique
 
Comme indiqué dans ce billet, Michel GODET en conférence à Pontault-Combault, les élèves de terminale ES et de première ES du lycée Charles Le Chauve de Roissy en Brie, les élèves de terminale ES et de première ES du lycée Camille Claudel de Pontault-Combault et les élèves de Terminale ES du lycée Sainte Thérèse d’Ozoir-La-Ferrière, au total prés de 400 élèves auront la chance d’écouter Michel GODET pour une grande conférence pédagogique d’économie., les élèves de terminale ES et de première ES du lycée Charles Le Chauve de Roissy en Brie, les élèves de terminale ES et de première ES du lycée Camille Claudel de et les élèves de Terminale ES du lycée Sainte Thérèse d’Ozoir-La-Ferrière, au total prés de 400 élèves auront la chance d’écouter Michel GODET pour une grande conférence pédagogique d’économie.
 
Michel GODET est un économiste inclassable. Toujours en lutte contre les idées reçues, il nous propose des analyses qui suscitent de nombreuses questions.
 
« Le courage du bon sens : Pour construire l'avenir autrement »
 
Dans son dernier ouvrage, « Le courage du bon sens : Pour construire l'avenir autrement », 2007, il nous propose en particulier la remise en cause de l’explication du retard de croissance de la France, et de l’Europe, par rapport aux Etats-Unis à partir d’un retard technologique.
 
Pour lui, c’est moins un retard technologique, qu’un retard démographique qui explique cet écart de croissance, et les conséquences négatives qui en résultent.
 
Je ne vais pas, dans ce premier billet, commenter ni confronter les arguments de Michel GODET à ceux de ses contradicteurs, je propose dans un premier temps quelques morceaux choisis, afin de mieux comprendre cet aspect du diagnostic que nous livre l’auteur.
 
Des perspectives démographiques sombres
 
Dans le chapitre 3 de l’ouvrage « Le courage du bon sens : Pour construire l'avenir autrement », dans un rapport rédigé pour le CAE – Conseil d’analyse économique - et dans divers articles publiés dans la presse il nous explique que « la tectonique démographique va bouleverser les cartes du monde et entraîner d’importants flux migratoires dans toute l’Europe y compris en France.  L'Europe fonce droit sur l'iceberg démographique, il est encore temps de changer de cap pour éviter la collision frontale avec l'hiver économique. »
 
Déclin démographique et dynamique économique
 
« Les perspectives de déclin démographique de l'Europe sont connues depuis longtemps et l'ONU a même publié un rapport provocant en 2000 annonçant une baisse de 40 millions d'habitants d'ici à 2050 ainsi que la nécessité, pour éviter un tel vieillissement, de faire venir plusieurs centaines de millions de personnes. Ces calculs de simple arithmétique n'ont aucun caractère prédictif. Il n'empêche que, sans un recours massif à l'immigration, il y aura moins d'actifs pour assurer la production des richesses. Les experts de l'OCDE estiment qu'à partir de 2010, le revenu moyen par habitant progressera deux fois moins vite en moyenne que par le passé. »
 
Du vieillissement des personnes (positif)
au vieillissement de la population (négatif)
 
« Au-delà des chiffres en valeur absolue, c'est moins le vieillissement par le haut (c'est une bonne nouvelle que d'augmenter l'espérance de vie et le nombre de personnes âgées) que le vieillissement par le bas (moins de jeunes) qui va affecter la dynamique productive, entrepreneuriale et compétitive. Les pays européens sont comme des vergers dont les arbres, en plein rendement pendant 40 ans, arrivent à maturité sans que l'on ait prévu leur remplacement par de jeunes pousses. Or, pour investir et consommer, il faut avoir confiance en l'avenir et besoin de s'équiper, autant de caractéristiques qui, malheureusement, régressent avec l'âge.  »
 
« La France va, comme ses voisins, manquer de bras et de cerveaux. L’immigration qu’elle soit choisie ou subie est inévitable. »
 
Esprit d’innovation, esprit d’entreprise et esprit de famille
 
« Les ressorts du dynamisme sont les mêmes dans les domaines économique et démographique : le goût de vivre s'exprime à la fois par l'initiative économique et par l'accueil des enfants. L'esprit d'entreprise est cousin de l'esprit de famille ! »
 
Pas de croissance soutenue et durable sans enfants
 
« Comme le disait Alfred Sauvy, les économistes refusent de voir le lien entre croissance économique et dynamique démographique et ne cherchent donc pas à le vérifier. Pourtant, les Trente Glorieuses et le baby-boom sont allés de pair et l'essor des États-Unis s'explique sans doute aussi par une meilleure santé démographique. »
 
Ecart de taux de croissance entre l'Europe et les Etats-Unis
Et Stratégie de Lisbonne
 
« La comparaison des taux de croissance entre l'Europe et les Etats-Unis fait généralement appel à la technique pour expliquer des différences sur le long terme.
L’ambitieuse stratégie de Lisbonne pour la croissance et l’emploi misait en 2000 essentiellement sur les technologies de l’information et l’économie de la connaissance pour assurer à l’Europe son avenir et sa puissance sur la scène internationale à l’horizon 2010. »
 
« Au sommet de Lisbonne en 2000, l’Europe s’est entichée du concept de société ou d’économie de la connaissance, pour lequel elle s’était même fixée un objectif de leadership mondial. L’Europe vieillissante se rassurait pour l’avenir, s’imaginant peuplée de cheveux gris savants, jeunes d’esprit et champions de l’innovation. Après la société de l’information des années 80, la nouvelle économie des années 90, les abonnés du mirage technologique ont lancé un nouveau concept, la société de la connaissance, pour dire la même chose ou presque.
La connaissance est bien le moteur de l’innovation. Ce n’est pas une raison pour cultiver le mirage technologique et la fuite en avant dans les dépenses de R&D.
L’innovation n’est pas uniquement technique, mais aussi commerciale, organisationnelle et financière. La technologie, bien qu'importante, ne saurait constituer l'essentiel. Cessons de considérer que la dépense de R&D est le principal indicateur porteur d'espoir pour l'avenir. Plus que le montant, compte l'efficacité de la dépense. » « Société de la connaissance versus mirages technologiques », « La Tribune », le 14 novembre 2007
 
Pour Michel GODET, « depuis un quart de siècle, l’écart d’environ un point en moyenne annuelle de croissance économique entre les Etats-Unis et l’Europe s’explique pour l’essentiel (80%) par la moindre dynamique démographique. L’écart qui subsiste proviendrait de nombreux facteurs : amélioration de l’efficacité productive, accumulation du capital, augmentation du nombre d’heures travaillées par habitant, voire effets multiplicateurs de la demande finale portée par cette dynamique démographique. »
 
L’hypothèse d’un multiplicateur démographique ?
 
« Si les Américains travaillent plus, c’est qu’il y a une demande solvable à satisfaire, peut-être aussi plus soutenue qu’ailleurs pour cause d’expansion démographique.
Nous avançons ici une nouvelle hypothèse ; celle d’un multiplicateur démographique qui serait à l’origine d’une part importante des gains de productivité plus élevés aux Etats-Unis qu’en Europe. La productivité est le résidu de croissance supplémentaire, non expliqué par l’augmentation du capital et du travail. Faute de mieux, ce surcroît de croissance du PIB par actif est attribué au progrès technique, ce qui est une manière positive de désigner le résidu non expliqué.
La variation du PIB par actif est d’autant plus significative que le nombre d’actifs occupés et les débouchés augmentent, dans une population en expansion. Ce multiplicateur éclairerait mieux le décrochage de croissance du PIB par actif, constaté depuis le début des années 2000 entre les Etats-Unis et l’Europe, que le supposé retard technologique. L’Europe est elle-même son principal débouché. Pour éviter la perspective des cheveux gris et d’une croissance molle de l’Europe, nous appelons de nos vœux une relance démographique et une politique européenne en faveur des familles avec enfants. »
 
Dans un article très récent « Société de la connaissance versus mirages technologiques » publié dans le quotidien « La Tribune », le 14 novembre 2007, Michel GODET précise ce point de vue. Il avit déjà apporté des précisions à son hypothèse démographiques dans les articles suivants dont je vous propose les liens ci-dessous.
 
- « Trois scénarios qui posent question », Les Echos le 29 novembre 2006
- « Productivité : le multiplicateur démographique », Les Echos, 19 avril 2004
- « Productivité : arrêtons de nous glorifier ! », Challenges, 18 mars 2004
- « Le Choc Démographique de 2006 est déjà là », Les Echos le 28 et 29 novembre 2003
 
Vers la croissance potentielle et le plein emploi
 
Je dois avouer que cette hypothèse suscite de nombreuses réflexions chez moi. En effet, si elle se révélait conforme aux vérifications empiriques, elle remettrait sérieusement en question les résultats des principales théories de la croissance qui insistent surtout sur le progrès technique, entendu au sens large, comme moyen d’améliorer durablement le niveau de la croissance potentielle.
 
Donc, doit-on se tourner vers la démographie et/ou le progrès technique pour obtenir une croissance soutenue et durable qui puisse nous conduire vers le plein emploi ?
 
A suivre …
 
A consulter :
 
  
Société de la connaissance versus mirages technologiques
Article paru dans La Tribune, le 14 novembre 2007, le 14 novembre ,
Chronique de Michel Godet.