Le bloggeur Ozenfant (site web), me questionne dans un commentaire du billet (« Croissance smithienne » et « Croissance schumpétérienne »))surla distinction entre analyse microéconomique et analyse macroéconomique. Cette distinction me semble utile dans la mesure ou elle permet
d’envisager sous des angles différents les phénomènes économiques. Mais elle n’est pas définitive car la « réalité économique » est simultanément microéconomique et macroéconomique. Les
deux approches sont, in fine, inséparables. Il n’y a que les méthodes, et les résultats (parfois) liés à ces méthodes pour les séparer.
Microéconomie versus Macroéconomie :
deux méthodes d’analyse opposées ?
De l’analyse microéconomique à …
La microéconomie est la branche de l’analyse économique qui étudie le comportement des
unités économiques (consommateurs, producteurs, …) et leurs interactions. La microéconomie est donc la science des choix (de production, de consommation, …) des acteurs de l’économie, acteurs
supposés rationnels (homo oeconomicus), sous contraintes. L’analyse microéconomique relève de l’individualisme méthodologique, c'est-à-dire une méthode consistant à étudier les phénomènes en
partant de l’hypothèse selon laquelle les individus sont guidés dans leurs choix, leurs comportements, par certaines formes de rationalité. On obtient le résultat global à partir d’une simple
agrégation des comportements individuels. L’économie dans son ensemble n’est que l’agrégation des choix et comportements d’individus isolés mais en interaction. Le tout n’est que la somme des
parties.
… l’analyse microéconomique
La macroéconomie est la branche de l’analyse économique qui étudie la structure, le fonctionnement et les résultats
de l’économie globale. Or, les résultats de l’économie, de l’économie considérée dans son ensemble, sont étroitement liés aux politiques macroéconomiques qui visent à influencer les variables
globales de l’économie comme le PIB, la consommation des ménages, l’investissement des entreprises,…
Dans une perspective macroéconomique, le tout est davantage que la somme des parties, il n’est pas le résultat de la simple agrégation
de comportements individuels. L’économie globale n’est plus la simple agrégation d’actions individuelles en interaction. L’économie globale, tout comme la société dans son ensemble, est une
réalité sui généris (en elle même) qui a ses lois propres.
La macroéconomie est une approche qui répond aux principes du holisme méthodologique. C’est aussi une approche systémique
puisque l’économie globale peut être considérée comme un système économique dont les éléments sont interdépendants.
Nous avons donc, d’une part, une approche qui porte son attention sur les acteurs individuels, l’individualisme méthodologique et
d’autre part, une approche qui met l’accent sur le système économique global, le holisme méthodologique.
De la microéconomie à la macroéconomie :
« Bridge » or « no bridge » ?
En ce qui me concerne, je défends très clairement les approches selon lesquelles il existe des fondements microéconomiques à la
macroéconomie. Je ne comprends pas les « intégristes » du « no bridge » entre les deux approches. Il y a des ponts, multiples pour relier les deux approches.
L’explication de phénomènes microéconomiques peut permettre de comprendre des phénomènes macroéconomiques et réciproquement,
l’explication des évolutions des grandeurs macroéconomiques peut permettre de mieux aborder les changements de comportements des acteurs au niveau microéconomique.
Dans ces conditions, cette opposition devient vite superficielle, partielle, partiale et normative.
De plus dans le billet, (« Croissance smithienne » et « Croissance schumpétérienne »), il me semble que je pars deux fois
des comportements microéconomiques pour expliquer des évolutions au niveau macroéconomiques.
La division technique du travail (intra entreprise) et ses premiers effets relèvent bien du niveau microéconomique. Mais avec
Adam SMITH, puis ses disciples, on a pu montrer ses effets au niveau macroéconomique sur la croissance,
l’emploi,…
De manière analogue, l’innovation chez Joseph SCHUMPETER relève clairement de comportements microéconomiques, ceux des entrepreneurs innovateurs. Pour autant, on a pu montrer les effets de l’innovation, au niveau macroéconomique, sur
la croissance, l’emploi,… à travers le processus de destruction créatrice.
Autre exemple, si les consommateurs changent de comportement de consommation, cela aura des impacts positifs ou négatifs sur la
croissance, l’emploi, .., au niveau macroéconomique.
De manière analogue, si des mesures sur le pouvoir d’achat des ménages, considérés globalement, sont prises et
appliquées, ce changement d’ordre macroéconomique peut aboutir à des changements de comportement au niveau microéconomique. Est-ce la consommation qui va augmenter et/ou l’épargne ? Et donc,
la croissance et l’emploi, …
On pourrait multiplier les exemples …
L’appréciation de l’euro : effets micro ou macro ?
Enfin, sur les effets de l’appréciation de l’euro par rapport au dollar, la distinction des effets microéconomiques et
macroéconomiques est encore factice. Cette appréciation a bien des effets au niveau microéconomique sur des entreprises dans certains secteurs en particulier.
Pour autant, la gestion de l’euro relève du niveau macroéconomique, et c’est bien l’absence de véritable politique de change dans la
zone euro (niveau macro), qui provoque en partie cette appréciation de l’euro dont les effets vont se traduire au niveau microéconomique.
Donc, je ne privilégie pas l’approche macroéconomique par rapport à l’approche microéconomique. Même si des études séparées
sont indispensables, les résultats obtenus dans le cadre de ces deux perspectives de recherche sont complémentaires.
La « réalité économique » n’est ni exclusivement
microéconomique, ni exclusivement macroéconomique, elle est tout cela en même temps.
Des fondements microéconomiques de la macroéconomie à …
De nombreuses analyses tentent de mettre en évidence les fondements microéconomiques de la macroéconomique. Mais, même si l’intuition
est juste, il me semble que ce sont les outils à la disposition des chercheurs qui ne permettent pas d’aboutir.
… la combinaison de la mécanique quantique
et de la théorie de la relativité
On retrouve ce type de difficulté en Physique, ou les scientifiques cherchent encore et toujours à unifier, à concilier tout au moins,
l’approche « micro » de l’infiniment petit par la mécanique quantique et celle « macro » de l’infiniment grand liée aux résultats des théorie de la relativité restreinte et de
la relativité générale proposées par Albert EINSTEIN entre 1905 et 1915.
Cela étant, je n’affirmerai pas, à l’instar du Général de GAULLE
« Des chercheurs qui cherchent, on en trouve, mais des chercheurs qui trouvent, on en cherche ».
Il est en effet plus facile de chercher que de trouver…
A consulter :



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